lundi 26 juin 2017

Le monde selon Matthieu

http://www.matthieuricard.org


Je trouve à la fois passionnante et stimulante la façon qu'a Matthieu RICARD (moine bouddhiste, photographe et auteur ; ainsi qu'il se présente) de proposer une vision du monde différente ; comme un antidote à celle qui est aussi façonnée par le récit parfois trop négatif dans lequel certains nous enferment. Intellectuels pessimistes qui ont postulé une conception négative de l'homme — ou dont on ne retient souvent que la moitié de la pensée.

Ainsi par exemple Adam SMITH, présenté comme le père des théories libérales en économie ; il prenait acte de la tendance des hommes à agir dans le champ économique selon leur intérêt propre : par le soin que nous apportons à notre travail, à nos productions marchandes, nous faisons en sorte que celles-ci satisfassent ceux à qui elles sont destinées ; en premier lieu pour que demain, d'autres nous adressent de nouvelles demandes, qui assurent notre survie : c'est UNE réalité. Et certains ont eu beau jeu de présenter cette réalité comme universelle : laissez-faire les intérêts égoïstes, ils s'agenceront de façon optimale pour le bien commun ! Adam SMITH complétait aussi sa proposition par d'autres : justement le respect du bien commun, la conscience d'être un citoyen, de faire partie d'un ensemble et il se méfiait des spéculateurs : peut-être parce que selon lui, ils étaient l'expression d'un égoïsme néfaste... ou peut-être parce que la spéculation, réalité économique et expression d'un égoïsme prédateur et destructeur, introduit un biais dans le modèle de perfection qu'il postule avec la main invisible. Ainsi d'une pensée complexe, certains retiennent un crédo simpliste justifiant à leurs yeux des comportements iniques.

Sur la base d'une conception anthropologique négative, on peut aussi penser et proposer des systèmes politiques vertueux ; telle serait par exemple la posture intellectuelle de Thomas HOBBES, qui,  pour que l'homme ne soit pas un loup pour l'homme,  propose de laisser à un tiers le soin de le protéger ses penchants égoïstes — l'état de droit, par exemple, est pour lui une réponse pacificatrice aux instincts de destruction humains.

Matthieu RICCARD n'adhère pas à cette conception pessimiste de l'homme ; il en a une vision essentiellement positive. Avec la lucidité qui l'accompagne : il ne nie pas qu'il existe des hommes et femmes mus par un intérêt purement égoïste ; il en déplore l'exemple — et à la manière d'un Léopold SEDAR-SENGHOR qui comprenaient les hommes avant de les juger, pour ainsi dire de ceux qui adhéraient aux préjugés racistes qu'ils étaient des personnes "qui se trompent de colère", Matthieu RICCARD cherche à comprendre l'homme au-delà d'une théorie négative de sa nature.
 
Il a ainsi entrepris un travail d'étude et d'analyse de grande ampleur, fondée sur son expérience de méditant, sur ses recherches spirituelles et scientifiques ; et sur de nombreuses études menées par d'autres chercheurs (neuro-scientifiques et psychologues en particuliers), dont les travaux font l'objet de publications de haut niveau (disant cela il ne s'agit pas d'un argument d'autorité pour qui connaît le processus d'analyse et d'expertise auquel se soumettent les chercheurs avant une publication dans une revue de référence). Le corpus bibliographique de Plaidoyer pour l'altruisme est ainsi impressionnant, non par sa quantité, réelle, mais par la qualité et la diversité des sources d'informations que Matthieu RICCARD a mis en relation.

L'homme est pour lui avant tout altruiste ; et les recherches dans ce domaine tendent à le démontrer : pour l'immense majorité d'entre-nous, cette capacité est notre bien commun — elle est simplement plus facile à exprimer pour certains que pour d'autres, en raison de facteurs que nous maîtrisons ou non, selon nos expériences de vie, notre personnalité. Elle s'acquiert par l'expérience ; elle s'entraîne aussi ; et selon moi, elle s'exprime de façon différente selon les individus : il suffit d'apprendre à bien regarder.

La réflexion de Mathieu RICARD est exigeante et se veut complète : elle prend acte des tendances malfaisantes, de certaines traits sombres dans la nature humaine ; elle exprime un regard personnel sur les racines du mal — avant tout pour comprendre, sans juger ; une subjectivité la plus objective possible... J'y adhère parce qu'elle n'est pas limitante ; qu'elle est documentée ; qu'elle est inspirante.

Matthieu RICARD est juste un homme : ni un gourou, ni un exemple ; il nous dit juste que la bienveillance véritable est présente au fond de chacun nous ; que nous l'exerçons parfois sans nous en rendre compte ; et que nous pouvons la réveiller si elle est endormie, la développer si nous le souhaitons — pas dans n'importe quelles conditions ou dispositions. Et que parfois, nous ne pouvons pas aussi l'exprimer comme nous le voudrions : la bienveillance n'est pas non plus une obligation. Elle ne fonctionne pas lorsqu'elle une injonction celle-ci ne procure aucune énergie, au contraire elle l'épuise. Il ne demande à personne de suivre ses choix — et il n'est certainement pas prosélyte du Bouddhisme (qui n'est évidemment pas une garantie de tolérance et de bienveillance : l'exemple de l'inquiétant birman Ashin WIRATHU le rappelle...)

Il montre et explique aussi clairement que nous sommes interdépendants ; pour ceux qui avaient cette intuition, sans la comprendre, sans la savoir validée, et qui n'osaient l'exprimer ou la vivre (par peur ou autre sentiment négatif qu'il ne s'agit pas de juger, cela est vain), sa proposition — pensée ET étayée par des exemples : expérimentés, concrets, vécus, partagés apporte du soulagement. 

L'altruisme ne nous demande pas de renoncer à nous protéger (ni matériellement, ni intellectuellement, ni émotionnellement) ; encore moins de ne pas à penser à nous — au contraire, la première bienveillance est celle que l'on se doit à soi ; l'égoïsme est d'une autre nature : il est une conscience affirmée et profondément indifférente. L'altruisme ne demande pas non plus de nous délester : nous vivons dans un monde sensible, ici et maintenant (la bienveillance s'y exerce aussi : elle n'est évidemment pas un salut de l'âme...). Elle ne s'exprime pas nécessairement en actions spectaculaires (même si selon les circonstances et selon les individus, elle peut se manifester ainsi...), mais en actes parfois simples ; avec conscience de le faire — c'est-à-dire en sans en attendre plus que cela ; et si l'intention la motive, le résultat n'est pas à notre main... La longue réflexion de Matthieu RICARD nous en donne quelques clefs, pragmatiques ; nous pouvons essayer.

Une philosophie positive de la vie : y adhérer est pari existentiel — peut-être le plus beau qu'il soit — que j'ai envie de faire.


Matthieu RICARD "Plaidoyer pour l'altruisme" (NiL, 2015) ; "Terre de paix, visages de sérénité" (La Martinière, 2015)

dimanche 25 juin 2017

Olivia

(c) Franck BOILEAU
http://www.lamontagne.fr


Olivia RUIZ et sa bande ont clôturé ce soir le festival Tour d'Horizon à Saint-Avertin ; un concert très  généreux sur la grande scène installé pour l'occasion au pied du château de Cangé, où s'est produit en première partie le trio Karpatt, formidable mise en bouche avant de voir débarquer la belle brune et ses hombre, tout de noir vêtus. Un véritable concert de tournée : pendant près de deux heures sur scène, elle communique sa vitalité à un public plutôt familial offrant des chansons de son nouvel album, A nos corps aimants, et des reprises de quelques classiques comme La Femme chocolat avec son incipit au ukulele, dont le public reconnait immédiatement les premières sonorités, Les Crêpes aux champignons... ou un Elle panique qui trouve une énergie nouvelle au son de guitares solides comme un rock. En rappel, dans une splendide et graphique robe blanche, Belle a en crever, Olivia prend le temps de s'asseoir face public et lui intime : Dis-moi ton secret ; J'traine des pieds, lui répond-il ! Et il chante avec elle, dont la voie cristalline et enfantine résonne dans le ciel d'été...

samedi 24 juin 2017

Espace quotient

(c) Miramax, 1997


J'aime beaucoup l'acteur américain Matt DAMON, en particulier pour ses choix de rôles ; et l'interprétation qu'il propose de ses personnages. Il représente pour moi l'archétype sympathique de l'acteur hollywoodien moderne, sans que j'y attache de notion péjorative : acteur plutôt beau et doué, qui s'engage aussi dans des causes humanitaires, il apporte à des films qualifiés de grand public une qualité d'interprétation, une incarnation que je trouve différente et intelligente de la série Bourne ou Ocean, par exemple. Ses autres rôles se rencontrent pour moi au cas par cas, et j'ai toujours plaisir à découvrir sa filmographie ; parmi les plus récents, j'ai un peu de retard... Je garde aussi en mémoire son rôle dans Will Hunting, le film de Gus VAN SANDT qui l'a révélé ; il donne vie à un jeune génie : rebelle, impulsif, faisant autant preuve d'arrogance que de manque d'assurance ; pourtant doué d'une faculté hors norme à mémoriser... et surtout à comprendre, il exerce des petits boulots. Agent d'entretien au MIT, il remarque un problème de mathématiques posé à des super-cracks de la matière par leur professeur, lauréat de la médaille Fields et dernier en date à l'avoir résolu lorsqu'il était étudiant à Boston. Il en propose le lendemain soir une solution alors que les couloirs sont presque vides... et le film raconte ensuite comment il apprivoise ce talent hors du commun ; et ce qu'il décide d'en faire. Un bon roman cinématographique et psychologique. 

L'histoire racontée par Matt DAMON, scénariste du film, est peut-être aussi, comme celle de Jodie FOSTER avec Le Petit homme, la sienne ; il ne me fait pas de doute que cet homme a une grande intelligence, de tête et de coeur en tout cas j'aime à le croire...

"Les facultés de l’esprit qu’on définit par le terme analytique sont en elles-mêmes fort peu susceptibles d’analyse. Nous ne les apprécions que par leurs résultats. Ce que nous en savons, entre autres choses, c’est qu’elles sont pour celui qui les possède à un degré extraordinaire une source de jouissances des plus vives." Ainsi s'exprime le personnage principal de la nouvelle Double assassinat dans la rue Morgue, d'Edgar-Allan POE. Au début de cette nouvelle, deux hommes marchent de concert, quand l'un exprime alors une réflexion qui coïncide exactement avec ce que pense l'autre ; point de télépathie là-dessous : en refaisant mentalement le trajet parcouru dans les rues, les deux compères remontent tous deux le cours de leurs pensées ainsi, des détails perçus dans l'environnement sont reliés à des expériences et des connaissances.

Nous percevons l’environnement par nos cinq sens ; nous le décodons, l’interprétons et en tirons des conséquences pour y répondre par un comportement. Chez certaines personnes cette séquence d’événements serait plus rapide et plus efficiente que la normale ; cette sur-efficicience serait une caractéristique neuro-physiologique des personnes dites "Haut-Potentiel" (à défaut de trouver une dénomination satisfaisante...) dont le mode de fonctionnement est aussi qualifié de pensée en arborescence.


Le Grand chêne de Viols-le-Fort, 2014 - (c) Alexandre HOLLAN
http://www.narthex.fr

La psychologue clinicienne Jeanne SIAUD-FACCHIN en propose, dans un ouvrage fruit de son expérience de praticienne, une description ; selon elle, une pensée en arborescence se déploie dans plusieurs directions simultanément, à grande vitesse et sans limite à la différence d'un mode de pensée linéaire, c'est-à-dire séquentielle et procédant ainsi pas-à-pas dans une direction. Le mode de fonctionnement des arborescents donnerait alors selon elle "une coloration particulière à leur personnalité car les personnes qui en (seraient) dotés (auraient) donc un mode de raisonnement différent qui fait que leur intelligence est atypique" ; une particularité qui rendrait aussi difficile l'adaptation sociale. Ce mode de pensée serait une source importante de créativité, et aussi de :
  • limites, comme la difficulté à sélectionner l'information pertinente, puisque la pensée peut être confuse parfois pour ces personnes, lorsque ces personnes sont confrontées à une question ou une tâche donnée ;
  • contraintes, comme la nécessité d'organiser cette pensée dans un cadre dans lequel elle évolue, afin que ces personnes se sentent en sécurité sur les plans affectifs et cognitifs.
Une impératif pour les enfants, comme les adultes, qui fonctionneraient selon ce mode : pour s'adapter ; qui à l'école, qui à l'entreprise ou à la société un peu comme le personnage de Will, qui prend conscience de son potentiel avec une psychothérapie ; et apprends à le maîtriser.

Un mode de fonctionnement que certains qualifient aussi de façon schématique comme celui de cerveau droit dominant ; deux hémisphères du cerveau avec des fonctions présentées comme opposées raison contre émotion, analyse contre synthèse, rationalité contre créativité ; dans une publicité pour un constructeur automobile allemand, la distinction prend cette forme — évidemment caricaturale.
  • Le cerveau gauche dit : « Je suis le cerveau gauche. Je suis un scientifique. Un mathématicien. J’aime ce qui est familier. Je classe en  catégories. Je suis précis. Linéaire. Analytique. Stratégique. Je suis pratique. J’ai toujours le contrôle. Je maîtrise les mots et le langage. Réaliste. Je résous des équations et je joue avec les nombres. Je suis l’ordre. Je suis la Logique. Je sais Exactement qui je suis. » 
  •  Le cerveau droit dit : « Je suis le cerveau droit. Je suis créativité. Un esprit libre. Je suis passion. Plein de désir. Sensualité. Je suis le bruit d’un fou rire. Je suis le goût. La sensation du sable sous mes pieds nus. Je suis mouvement. Couleurs vives. Je suis le besoin de peindre sur une toile blanche. Je suis imagination sans limite. Art, poésie. Je perçois. Je ressens. Je suis tout ce que je souhaitais être. »

http://pnl-info.typepad.com

Les scientifiques nous apprennent cependant que la latéralisation du cerveau n'existerait pas de façon aussi simpliste ; il y a plutôt une corrélation cérébrale entre les deux hémisphères du cerveau et non pas une partie du cerveau plus mobilisée que l'autre dans les différentes activités humaines qu'elles soient qualifiées d'analytiques ou de synthétiques ! Une étude publiée dans le journal PLOS en 2013 pose la question de la latéralisation du cerveau et y répond par une analyse statistique conduite sur un millier de sujets dont on visualise l'activité cérébrale au moyen d'imagerie par résonance magnétique ; cette étude conclut :

"Lateralization of brain connections appears to be a local rather than global property of brain networks, and our data are not consistent with a whole-brain phenotype of greater 'left-brained' or greater 'right-brained' network strength across individuals."

Acceptons alors la qualité métaphorique de cette dichotomie cérébrale : si les traits de personnalité sont en partie l'expression d'un mode de fonctionnement du cerveau, ils ne sont pas déterminés par un hémisphère en particulier, mais par des coopérations entre différentes parties du cerveau, plus ou moins rapides et efficaces.

Objet de débat entre neuro-*** (scientifiques, psychologues, psychiatres), pédagogues, professionnel du développement personnel, la douance est aussi un sujet à la mode. Aussi parce que parmi ceux que l'on qualifie de "Haut Potentiel", on peut retrouver des traits psychologiques communs ; et pour certains, comme pour d'autres, une certaine souffrance. Elle est expliquée par exemple en des termes simplifiés.
"Perfectionnisme, doublé d'une extrême lucidité... qui entraînent parfois le doute, la peur de l'échec."

http://www.renaudfavier.com

 Elle peut aussi prendre d'autres formes comme :
  • un fonctionnement de pensée permanent (l'incapacité du "Haut Potentiel" à mettre son cerveau en pause, en repos, en paix aussi, est une caractéristique souvent rapportée par des psychologues : l'hyper-fonctionnement intellectuel, s'il est un don, a aussi son revers) ;
  • un besoin d'anticipation et de maîtrise (il semble impossible pour le "Haut Potentiel" de vivre le Carpe diem ; il lui faudrait souvent du solide, de l'infini, de l'absolu, tout en sachant où il va ; se sachant "fragile", il chercherait à tout prévoir, tout souhaitant combler ses besoins).
Pour certains, un mode de fonctionnement qui s'accompagne aussi de synesthésie ; soit cette capacité d'associer des perceptions voir la couleur d'un son, par exemple. Une expérience décrite par les mots de Charles BAUDELAIRE : "Il est des parfums, frais comme des chairs d'enfant // Doux comme les hautbois, verts comme les prairies". 

La sur-efficience mentale, comme la désigne par exemple la psychologue Christel PETITCOLLIN, s'accompagne parfois de sérieux problèmes de sommeil ; caractère structurel inhérent au fonctionnement "Haut Potentiel"... ou conjoncturel : nous vivons dans une société hyper-connectée, orientée vers la performance, l'omniprésence des écrans — et qui parasitent certains, parmi lesquels certains anxieux. Et parfois les deux se combinent... pas forcément pour le bien-être de ceux qui le subissent !

http://www.bouletcorp.com

Que ces traits, comme d'autres rapportés par des thérapeutes et observateurs "sérieux", soient une conséquence ou une corrélation d'une intelligence différente de la moyenne (il ne s'agit que de mots...), fait débat (certains parlent de "Pseudo-science des surdoués", afin d'éviter les abus, les effets de modes voire les manipulations... et rappeler à la raison scientifique comme cadre commun).

Sans en analyser et en connaître de façon certaine les origines, on peut en constater les effets, à la manière des mots d'Edgar POE : cette façon de vivre est une réalité pour certains. Avec ses joies... et ses désagréments ; c'est un fait, à qui on ne fait rien dire d'autre.

On peut aussi y mettre un chiffre ; et penser ainsi les êtres humains dans un espace quotient.

Cela peut aider certains à se comprendre, et à comprendre l'autre : à mon sens, c'est bien ainsi, si l'outil est une aide. Et il ne reste que de la statistique : une admirable courbe en cloche...

J'aime le mots de Pierre DESPROGES dans son sketch intitulé QI 130  : "Je ne fréquente plus que des QI de 130. Je ne suis pas raciste mais en-dessous de 130, c'est pas des gens comme nous. Je ne donnerais pas ma fille à un 115 (.../...) Nous formons un club très fermé !". Cela peut évoquer un mode d'organisation possible et existant et qui peut apporter de l'aide pour mieux vivre une sorte de différence. Sur le long terme, il me semble surtout.... triste !

Laurent PINORI en montre les nuances dans un roman personnel où la question de la différence est abordée de façon détachée... et sensible, comme le fait aussi à sa manière Julie DACHEZ dans la bande dessinée La Différence invisible, qui parle du trouble autistique associé à un mode de fonctionnement cérébral hors norme, au sens littéral du terme.
 
 (c) Mademoiselle Caroline / Delcourt, 2016


Christel PETITCOLLIN et Jeanne-SIAUD-FACCHIN vont parfois plus loin ; elles proposent aussi de sortir des schémas qui enferment certains de ces "neuro-atypiques" derrières des étiquettes réductrices — et en quelque sorte rendre pathologique ce qui n'est qu'une différence ; par exemple, le trouble bipolaire, dans ses formes légères : juste un fonctionnement cérébral différent, sans jugement ; j'ai trouvé à ce sujet le témoignage livré par le photographe Yann LAYMA tout à fait poignant et admirable : en forme d'espoir, une invitation à comprendre et assumer une différence, qu'elle qu'elle soit.

Le psychologue Howard GARDNER identifie huit types d'intelligence : linguistique, logico-mathématiques, musicale, visuelle-spatiale, kinesthésique, naturaliste, inter-personnelle et intra-personnelle ; elles sont adaptées à différentes situations de vie, et en permettent le parcours, de façon plus ou moins accidentée certains parmi les plus chanceux en développent plusieurs, véritables octothloniens de l'intelligence... Nous en avons une connaissance intuitive et nous orientons vers les activités et professions qui nous permettent de les exprimer ; pour gagner notre vie, pour la vivre tout simplement. Certaines formes sont perçues comme plus valorisées que d'autres ; une erreur de conditionnement social, peut-être.

(c) Bill WATERSON

A chacun son mode de communication, d'apprentissage ; je vois comme une beauté dans le monde et comme une expression du miracle de la vie que ces types d'intelligence soient d'une certaine façon répartis de façon aléatoire parmi les êtres humains — ce qui donne du sens à cette classification. Pour que chacun ici-bas puisse jouer la partition qui lui convienne, et changer d'instrument de musique s'il en avait envie ; l'orchestre n'en serait que plus harmonieux...

Dire cela aussi simplement et il y a de grandes chances de passer pour quelqu'un de naïf ; pour ma part, j'assume cette pensée : j'y ai adhéré assez tôt, je le crois, de façon intellectuelle ; et par conscience de mes propres limites, je n'ai jamais eu le courage d'y faire confiance... et de la vivre au plus juste : je recommence demain !


"Will Hunting", un film de Gus Van Sandt avec Matt Damon et Ben Affleck, 1997
Laurent PINORI "L'Homme glaïeul" (NumerikLivres, 2015)
Jeanne SIAUD-FACCHIN "Trop intelligent pour être heureux ?" (Odile Jacob, 2008)
Christel PETITCOLLIN "Je pense trop: Comment canaliser ce mental envahissant ?" (Guy Trédaniel Editeur, 2010) 
Edgar-Allan POE "Histoires extra-ordinaires" (FolioNouvelles, 2004)
Pierre DESPROGES "QI 130" (Théâtre Grévin, 1986)
Julie DACHEZ "La Différence invisible" (Delcourt, 2016)
Yann LAYMA "J'ai dû chevaucher la tempête. Les tribulations d'un bipolaire" (Editions La Martinière, 2012)

vendredi 23 juin 2017

Vélo



"La bicyclette ne dispose que de deux points d'appui au sol : elle se trouve nécessairement en équilibre instable, sous l'effet de deux forces principales en action dans la mécanique vélocipédique :
  • la force gravitationnelle, qui tend à attirer le vélo vers le sol ;
  • la force centrifuge, qui lorsque le vélo vire, tend à le redresser vers l'extérieur du virage.
L'équilibre est maintenu dynamiquement par les actions du cycliste, qui s'emploie à toujours redresser sa machine en la penchant légèrement dans la direction opposée à celle où elle commence à tomber.
Le cycliste jongle donc en permanence entre ces deux forces pour compenser les effets de l'une avec l'autre et réciproquement..." (https://fr.wikipedia.org)

jeudi 22 juin 2017

R&D collaborative

www.phdelirium.com


Je viens de terminer aujourd'hui un cours à destination d'élèves ingénieurs Manager un Projet de R&D Collaborative  : un partage d'expérience inspiré par ce que j'ai appris en tant que chef de projet sur ce mode de travail particulier. Partir de son expérience pour mieux la transmettre rend, je le crois, un cours potentiellement plus vivant qu'un exposé académique : de la théorie... et surtout de la pratique, vécue dans tous ses aspects (l'enthousiasme, le doute et la solitude ; l'équipe et ses personnalités, ses réussites et ses échecs ; les surprises, le début et la fin...). Je ne sais pas si j'aurai la possibilité de transmettre effectivement cette expérience ; conçu avant tout comme un exercice, la présentation, que j'ai soignée comme si, restera peut-être dans les méandres de silicium de mon ordinateur... A suivre !

mercredi 21 juin 2017

Jean-Luc et les matheux...

http://www.academie-sciences.fr
Mathématicien français spécialiste de la théorie des fonctions et des probabilités, pionnier de la théorie des mesures, il est aussi fondateur de l'Institut Henri Poincaré. Il mena en outre une action politique en tant que député radical et radical-socialiste de l'Aveyron pendant trois législatures (1924-1936) ; il fut ministre de la Marine en 1925. Il fit notamment voter l'attribution aux recherches scientifiques d'une fraction de la taxe d'apprentissage "le sou du laboratoire", qui rendit de grands services au développement de l'équipement scientifique national (*).

Il existe des mathématiciens très ancrés dans les réalités de leur temps, avec une conscience des combats sociaux. Feindre de ne pas comprendre ce qu'une personnalité peut apporter à une collectivité sur la base de préjugés et la traiter avec condescendance ; sans attendre de voir commet un homme pourra contribuer, ce que son expérience hors du champs politique pourra y apporter ; avec les contraintes de ce monde. L'un des propos de Jean-Luc MELENCHON relayés devant l'Assemblée Nationale m'a inspiré le commentaire suivant sur facebook.

Jean-Luc MELENCHON arriverait à me dégouter de la gauche ; ses sorties verbales ineptes destinées à attirer sur son mouvement (et sa personne...) une attention qu'il ne mérite pas forcément, me semblent déplacées et insupportables ; combattre une politique avec des attaques ab-hominem ne fait pas honneur à un mouvement critique, comme il ne fait avancer aucun débat ou aucune lutte - si ce n'est verbale. Quoiqu'il en dise, la France Insoumise a un chef, c'est lui ; dans un monde de communication, l'opinion publique le perçoit.  Il  continue de me dégoûter de la gauche d'opposition que j'espère de proposition. Que la majorité LREM s'apprête à "réformer" (ou "détruire") le Code du Travail est une chose à laquelle nous pouvons et devons être attentifs ; à laquelle nous pourrons nous opposer si besoin selon les orientations prises ; parce que le sujet concerne l'immense majorité d'entre nous. Mais prendre pour cible un personnalité (dans tous les sens du terme) avant qu'aucune action n'ait été engagée est une malhonnêteté intellectuelle et humaine ; un chercheur à l'INRA que j'ai rencontré par hasard disait "Quand on comprend les mathématiques, on peut tout comprendre ; l'inverse n'est pas forcément vrai" ; je ne connais Cédric VILLANI que pour ce qu'il montre de lui dans les médias... ou ailleurs ; je me dit juste qu'il peut apporter un regard, des idées et des actions différents sur la vie politique de notre pays. En choisissant aussi "le matheux-là..." comme mots pour s'adresser à un collègue de l'Assemblée Nationale, Jean-Luc MELENCHON sait ce qu'il fait : il exprime un mépris pour une personne (peut-être aurait-il pu simplement s'adresser à lui en disant "Monsieur Cédric VILLANI" ; mais cela est peut-être trop lui demander...), une profession et une personnalité, c'est-à-dire une intelligence ; avec les contributions qu'il peut apporter (en ce sens, il participe du clivage entre "peuple" et "élites" qu'il affectionne... et simplifient la représentation du monde ; c'est un peu court et facile de procéder ainsi). Nous avons besoin de toutes les intelligences disponibles, je le crois, pour conduire un pays ; Cédric VILLANI est élu du peuple, au même titre que les députés de LFI et il peut surprendre, apporter au monde politique. Il est originaire "d'un système" (qui ne l'est pas ?), soit ; mais cela ne le disqualifie pas d'avance. Enfin, l'accusation sous-tendue par Jean-Luc MELENCHON sur une méconnaissance "des réalités" de terrain par les "élites" ne tient pas forcément Jean-Luc MELENCHON aurait pur dire : "J'espère que Monsieur Cédric VILLANI se montrera à la hauteur de ses prédécesseurs, dont le fondateur de l'IHP, Emile BOREL, brillant mathématicien et courageux résistant, plutôt au fait des questions sociales ; Monsieur Cédric VILLANI appartient à une majorité qui s'apprête à 'réformer' en profondeur le code du traval ; en tant que chercheur, il connaît les enjeux liés à l'humain, sans lequel aucun projet n'est possible ; LFI porte les attentes de nombreux citoyens de ce pays et je souhaite rencontrer Monsieur Cédric VILLANI pour qu'il entende les inquiétudes, les propositions portées par ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir comme lui exprimer tout leur potentiel parce que privés de moyens de le faire ; et pour donner toutes les sécurités possibles parce que le gaspillage des énergies, des talents est inacceptable dans notre pays ; que le système ultra-libéral porte aussi des destructions humaines et matérielles que nous ne pouvons plus accepter ; la France est riche, il n'y manque pas de travail (juste d'affection de ressources, dont l'argent, mal utilisé) ; il s'agit d'un problème d'optimisation sous contraintes des plus passionnants pour un mathématicien... et à résoudre dans le monde réel ; je suis sûr que Monsieur Cédric VILLANI saura contribuer à relever ce défi nous serons vigilants et ouverts si besoin pour travailler avec lui... et nous nous opposeront contre lui lorsque cela nous semblera juste !". 

Bon évidemment, s'il s'agit de s''exprimer en 140 signes, c'est raté ; plus simplement, alors : #OnPeutToujoursRêver!

https://undessinparjour.wordpress.com

(*)  http://www.academie-sciences.fr/pdf/dossiers/Borel/Borel_oeuvre.htm.

mardi 20 juin 2017

Maurits Cornelis ESCHER

Hand with Reflecting Globe, 1935 - (c) Maurits Cornelis ESCHER


J'ai redécouvert récemment l'œuvre de M. C. Escher, qui a séduit de nombreux mathématiciens à la communauté desquels il se défendait d'appartenir. Il aimait dire à ses admirateurs : "Tout cela n'est rien comparé à ce que je vois dans ma tête !" (*). Il abuse ainsi nos sens visuels, joue avec notre raison, invente de nouvelles représentations spatiales et de nouveaux mondes qui n'existent que par le dessin. Pour lui, le dessinateur est un tricheur (**) ; un tricheur qui dit une vérité... 

Peut-être était-il à sa manière, comme Marcel PROUST sans le savoir, précurseur de découvertes intérieures qu'ont par la suite confirmées certaines neuro-scientifiques !

S'agissant de structures neuronales (et de la façon dont se conservent les souvenirs ou se forment les émotions), une étude récente relatée par exemple par différents sites anglo-saxons, suggère que le cerveau peut créer des entités jusqu'à onze degrés de liberté ! Les relations entre neurones lorsque le cerveau répond à une sollicitation semblent selon cette étude s'organiser en structures de dimension croissante ; celles-ci ont été mise en évidence par une équipe de recherche de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausane, qui contribue au Blue Brain Project ; les chercheurs ont eu recours à des mathématiques algébriques, qui permettent de décrire des univers de dimension quelconque.

Un chercheur à l'INRA que j'ai croisé récemment a eu cette remarque : "Celui qui comprends les mathématiques est capable de tout comprendre" ! Sans aller jusque là, je trouve passionnant les apports des mathématiques dans tous les domaines de la vie. S'agissant des neurosciences, c'est aussi ce que j'en avais compris en lisant un livre très intéressant de Christopher KOCH ; il relatait une idée nouvelle : celle d'étudier "les états propres du cerveau" et d'en décrire des modes de fonctionnement avec une approche assez proche de celles du "projet cerveau bleu".

Au-delà, un témoignage sur son métier de chercheur, une vision du monde et de la vie très originale pleine d'espoir et de spiritualité.


(*) https://www.expertisez.com
(**) http://mcescher.frloup.com
M.C. ESCHER — "L'Oeuvre graphique" (Taschen, 2010)
Christopher KOCH "Consciousness: Confessions of a Romantic Reductionist" (The MIT Press, 2012)