dimanche 19 février 2017

Hiroh KIKAI / Asakusa Portraits

Une employée de bureau qui s'est laissé pousser les cheveux, 1987 - (c) Hiroh KIKAI


J'aime cette extraordinaire faculté qu'a Hiroh KIKAI à raconter en un cliché l'histoire de chacun.

Pour lui, la photographie est est art ou une pratique ouvert à tous et qui ne demanderait aucun talent de base, hormis peut-être la motivation, la passion et la persévérance ; cette conception à la fois minimaliste et universaliste guide sa démarche artistique : pendant plus de trente ans, souvent en marge du monde de la photographie et de l'art au Japon, il a réalisé plusieurs centaines de portraits de ses frères humains, cherchant à rendre leur singularité, leur personnalité de la façon la plus directe possible.
 
La "règle du jeu" qu'il s'est fixée — aussi simple que celle qui stipule qu'au football, on ne joue pas avec le ballon à la main — et qu'il a appliquée de façon immuable est la suivante : travailler avec un appareil moyen format (un Hasselblad qu'il s'est acheté à l'âge de vingt ans, alors jeune étudiant en philosophie, sur les conseils et grâce à un prêt de son professeur et mentor dans cette discipline), au film argentique (pour le plaisir de mettre les mains dans ses images et d'en découvrir la beauté tout au long du processus de création — pas par un snobisme, ni passéisme : c'est simplement un plaisir qu'il ne trouve pas avec les techniques numériques) et dans un lieu unique (les environs du temple de Sensoji à Asakusa, quartier hétéroclite de Tokyo).

Je ne trouve pas les photographies forcément toutes plaisantes et pourtant j'y devine une grande sensibilité : l'attention portée au langage corporel, à l'expression des visages, aux détails des vêtements — qu'il rend avec la précision que lui offre le format carré, toujours accompagné d'une légende dont le style fait penser parfois à un haiku. 


Hiroh KIKAI — "Asakusa Portraits" (ICP/Steidl, 2008)

vendredi 17 février 2017

Sous-bois



Neuvième séance avec Thierry : je travaille sur une ambiance de sous-bois ; les rudiments techniques commencent à se mettre en place satisfaction !

mardi 14 février 2017

Avon les Roches - Collégiale des Roches Tranchelion



Je me sens un peu au ras des pâquerettes en ce moment ; aujourd'hui, en vacances avec deux photographes qui me font prendre un peu de hauteur sur le site de la Collégiale des Roches Tranchelion — le premier, auteur de ce cliché, avec son drôle d'appareil photographique volant ; le second, en rappelant que c'est sur ce site que Charles VII a préparé son conseil avant la bataille de Castillon, laquelle mit fin à la guerre de cent an.

dimanche 12 février 2017

Edouard BOUBAT / Mediterranée

Oran, 1958 - (c) Edouard BOUBAT


J'aime les photographies et la personnalité d'Edouard BOUBAT ; son parcours et son oeuvre de photographe humaniste — "un ambassadeur de paix" pour Jacques PREVERT.

"Méditerranée" est un recueil de quelque quarante photographies prises dans différents pays qu'elle borde — pour la plupart en France, Italie et Portugal autour de l'année 1955. Les clichés sont des fractions de la vie des hommes et des femmes au travail (dans les champs ou sur la mer), de leur quotidien (silhouettes de femmes portant une corbeille de linge, jeux de gamins dans les rues ou sur un port, mère donnant le sein à un nourrisson ou portant son enfant au milieu de collines), et à l'occasion de fêtes traditionnelles.

Edouard BOUBAT porte un regard tendre et empathique rendu par des cadrages simples, des compositions sur le vif et des portraits empreints de vérité et de poésie, sous une lumière du sud, dont on palpe la chaleur par son contraste.

Derrière le profane des situations émerge avec douceur et bienveillance le sacré de la vie ordinaire — la Méditerranée est bleue : en noir et blanc, cette couleur dégénère en des teintes de gris foncés qui, sous l'objectif d'Edouard BOUBAT, ne lui font perdre ni son éclat, ni son énergie.


Edouard BOUBAT — "Méditerranée" (Filligranes Editions, 2015)

vendredi 3 février 2017

Forêt



Premier brouillon de dessin après la sixième séance avec Thierry, qui a passé beaucoup de son temps à rattraper mes erreurs — sans venir à bout de toutes !

mercredi 25 janvier 2017

Vic-sur-Cère - Manteau de neige



Aujourd'hui, j'ai lu ce texte, écrit pour mon grand père.

"Mon frère Rémi et moi aimons la photographie ; pourtant aucun de nous je crois n'a pris le temps ou eu l'occasion de faire un portrait de notre grand-père Roger — et pour ma part, je le regrette.

Qu'il nous soit donné aujourd'hui d'en esquisser un en quelques mots et de le partager avec vous.

De notre grand-père me sont revenus des souvenirs de notre enfance, pendant nos vacances, ici, à Vic-sur-Cère :
  • les balades en montagne au cours desquelles parfois, armé du couteau qui ne quittait pas sa poche, il confectionnait avec une branche de noisetier un petit moulin à eau que nous faisions tourner entre deux pierres du cours d'un ruisseau ;
  • la préparation de la traditionnelle truffade — repas sacré par excellence, surtout après une descente de luge dans le pré de Cols ; Papy ne pouvait s'empêcher de prendre une fourchette pour remuer fromage et pommes de terre, ce qui lui valait une vive réprimande de Mamie et déclenchait nos rires !
  • le feu d'artifice du 15 août, lorsqu'il contribuait à illuminer la vallée — c'est ma date de naissance et il aimait à plaisanter en disant qu'il tirait les fusées multicolores pour mon anniversaire...

En grandissant, nous avons pris conscience de l'importance qu'il a eue pour de nombreuses personnes. Donner était dans sa nature ; donner de son temps et de son énergie pour le village et le département où il a toujours vécu — pour ses habitants, vous tous, dans des circonstances banales ou exceptionnelles.

Rémi a eu la chance de faire son service national en tant que sapeur-pompier dans le Cantal — être 'le petit-fils BONHOURE' était comme un privilège... et une responsabilité. Je suis comme tous impressionné par son engagement à 21 ans et les risques qu'il a pris pour contribuer à sauver des vies — et je resterai fier d'être le petit-fils d'un 'Juste', espérant y trouver la force pour agir ici et maintenant dans son esprit. Beaucoup de mes amis — dont certains qu'il n'a pas eu l'occasion de rencontrer — connaissent aussi son histoire et lui portent admiration.

Je veux aussi me souvenir de sa joie ; ces dernières années, lorsque je lui demandais des nouvelles de sa santé, il répondait invariablement : 'c'est pas pire ! tu sais, à mon âge, j'ai un pied sur une savonnette, l'autre dans la tombe !' — et il partait d'un rire joyeux de ce trait d'humour ; et je riais aussi avec toi.

Nous sommes reconnaissants que tu sois parti comme tu le souhaitais, Papy.

Je sais aujourd'hui que si le corps est mortel, l'âme, elle, est immortelle ; que la tienne soit pour tous ceux qui t'ont connu, un souvenir, un exemple, une inspiration."

jeudi 19 janvier 2017

Paix pour un Juste


Mon grand père Roger BONHOURE est décédé ce matin à l'âge de 96 ans ; il nous a quitté comme il le souhaitait : chez lui, sans souffrance et avec toutes ses facultés mentales — il plaisantait souvent ces dernières années lorsque je lui demandais des nouvelles de sa santé : "oh, tu sais, à mon âge, j'ai un pied dans la tombe et l'autre sur une savonnette" s'amusait-il à me dire (et j'entendais alors une certaine jeunesse dans son rire) ; je n'ai jamais pris le temps de faire un portrait de lui, ce que je regrette aujourd'hui.

Celui-ci date du début des années quarante ; âgé de 21 ans, jeune secrétaire de mairie à Vic-sur-Cère dans le Cantal, pendant l'occupation allemande, il a procuré des faux papiers à des résistants, réfractaires au Service du Travail Obligatoire (à commencer par lui !) et a surtout été un maillon d'un réseau qui cachait dans le village des enfants juifs, extraits des camps du sud de la France — comme celui de Rivesaltes. Le centre d'accueil des enfants juifs était situé au Touring Hôtel, alors désaffecté, (rue Fayet, une plaque commémorative marque l'endroit aujourd'hui) et dirigé par Henriette MALKIN, à qui il a apporté de l'aide et du soutien dans sa tâche.

Il m'avait raconté quelques-unes de ses astuces de faussaire pour ne pas compromettre les détenteurs des papiers de sa confection (utiliser un jeu de tampons plus ou moins usés selon la prétendue date de délivrance de la fausse pièce d'identité ; utiliser des adresses peu précises, pour éviter qu'elles ne correspondent à une réelle, que quelqu'un aurait connue, etc.).

Si quelqu'un avait besoin d'aide, il la lui offrait, sans penser aux risques réels qu'il prenait (le maire de Vic-sur-Cère, nommé par Vichy en 1941, était collaborateur et le chef de la Milice régionale résidait dans la localité), protégé aussi par le silence bienveillant de ceux qui savaient.

Le 1 août 2001, l'institut Yad VASCHEM de Jérusalem, sur la foi des témoignages d'au moins trois des personnes qu'il avait aidées — outre Madame Henriette MALKIN, Mesdames Jeanne HOROWITZ et Hélène TURNER — lui a décerné le titre de "Juste parmi les Nations" (*).

Il a reçu ce titre simplement — avec même ce que je percevais comme un fond d'embarras : peut-être ne s'estimait-il pas complètement digne d'être l'objet d'une telle attention ; il disait avoir agi selon le précepte de sa grand-mère : "c'est péché que de vendre le donner" — donner, en particulier de son temps, était dans sa nature ; il l'a fait pour de nombreux habitants du village et du département où il est né et a passé sa vie.

Capitaine du corps des pompiers de Vic-sur-Cère, il a contribué entre autre à faire installer le Centre de Secours sur cette commune (une lettre passée de la main à la main à Jacques CHIRAC, alors Président du Conseil Général de Corrèze, à l'occasion d'un banquet a sans doute été décisive dans la concrétisation de ce projet) ; un brin avant-gardiste, il a également été à l'origine de l'intégration des premières femmes aux fonctions de secouristes puis de sapeur-pompiers ; excellent pédagogue, il a formé de nombreux volontaires — on disait dans le département que "la matière grise des pompiers (était) à Vic-sur-Cère".
  
Aujourd'hui, je suis fier de lui et triste de sa disparition.


(*) Les Justes d’Auvergne - Julien BOUCHET - Collection Études sur le Massif Central - Presses Universitaires Blaise-Pascal, 2015.