vendredi 30 octobre 2015

Nantes - Dernière Traversée



Dernier passage de Loire sur le Bac, célébré par une belle lumière d'automne  qu'un certain Turner apprécierait sans doute...

mercredi 7 octobre 2015

Thomas et les élastomères



Thomas croit ce qu’il voit : il y a quelque chose de complexe au pays des élastomères. Six mois durant, il y a réfléchit. Et écrit des lignes d’équations, des lignes de codes… et des lignes de mots dans son mémoire, avant de présenter aujourd’hui les résultats de ses recherches.

Isoler les vibrations des machines à bord d’un navire pour le confort des passagers en croisière ou pour la discrétion des sous-marins. Une course au silence à laquelle participent les architectes navals : pas question pour un constructeur de livrer un navire qui ne respecte pas les « normes de bruits et vibrations » !

Vous connaissez une solution pour réduire des vibrations ? Bien sûr, il suffit de poser les matériels bruyants sur des amortisseurs... Solution classique, largement utilisée dans différentes situations, et qui trouve parfois ses limites. Il n’existe pas toujours le bon produit pour isoler des matériels de grande taille, comme à bord de navires ! Et puis les amortisseurs vieillissent : constitués de matériaux « élastomères » (comme le caoutchouc), ils sont sensibles à l’environnement marin. Humidité, salinité, variations de température. Comme les pneus de nos voitures, ils s’abiment, se fissurent, perdent de leur élasticité… et de leur capacité à amortir !

Est-il possible de prévoir la vitesse d’usure ? Quand faudra-t-il les remplacer ? On peut attendre pour cela le prochain passage en carène des navires : une période pendant laquelle tous les équipements sont passés en revue – et changés si nécessaire. Une période d’indisponibilité du navire qui peut être longue ; donc coûteuse. Alors il vaut mieux savoir si possible à l’avance quel équipement changer…

Une solution pour gagner en efficacité et répondre à ces questions : essayer d’anticiper le vieillissement. Comment ? Avec un modèle mathématique ! La façon dont évoluent les caractéristiques des matériaux peut être représentée par des équations, parfois très complexes. Celles-ci permettent de décrire l’intégrité mécanique d’une pièce, comme un amortisseur en caoutchouc. Lorsque l’on a confiance dans le modèle, par exemple lorsque l’on sait par expérience qu’il représente avec la précision voulue les phénomènes physiques, on peut alors l’utiliser pour calculer diverses grandeurs, comme la probabilité d’apparition d’une fissure et la façon dont elle se propage. Des données précieuses aux ingénieurs pour comprendre : elle les aident à prédire l’état du composant après une longue période d’utilisation.

Est-ce si facile ? Pas tout le temps ! Le modèle de calcul est complexe ; il dépend de paramètres qu’il est parfois difficile de connaître avec précision. Et dans certains cas, la simulation sur ordinateur prend beaucoup de temps… trop de temps pour être utilisée comme le souhaitent les ingénieurs.

Thomas a contribué dans son stage de Master à améliorer une méthode numérique utilisée pour un calcul de vibration. Il est parti de travaux antérieurs, qui ont permis de proposer un modèle physique simple du caoutchouc. A partir de ce modèle, il a construit une représentation mathématique d’un amortisseur, en choisissant des hypothèses qu’il a validées en confrontant les résultats de son calcul avec les données issues d’un essai.

Six mois de travail auront été nécessaires… pour avancer d’un pas ! Grâce à Thomas, on sait maintenant que le modèle représentant un amortisseur est fiable pour l’utilisation recherchée. Les prochaines étapes ? Utiliser le modèle dans un calcul plus global : à l’échelle d’un navire, où les principaux amortisseurs seront représentées. Il est probable que ce calcul soit gourmand en ressources informatiques… Mais c’est une autre histoire ! Thomas, lui s’en va vers de nouveaux horizons : fort de l’expérience acquise à l’occasion de ce stage de Master, il poursuit l’aventure en préparant une thèse de Doctorat en modélisation.
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dimanche 4 octobre 2015

samedi 3 octobre 2015

M et la photographie

(c) AL, 2015


J'aime la photographie ; j'ai eu la chance depuis mon plus jeune âge d'être sensibilisé à ce mode d'expression, sans m'en rendre compte vraiment : je n'ai pas eu le choix ! Je me souviens du laboratoire de mon père, improvisé dans une pièce sous les toits ; révélateur, fixateur : odeurs étranges... Agrandisseur : passer délicatement le négatif : mais pourquoi diable l'image est-elle à l'envers ?!

J'ai découvert plus tard — et continue de le découvrir, petit-à-petit — ce qui me plaisait dans cet art ; parce qu'il est plus qu'un art. La photographie invite à s'intéresser à de nombreux sujet ; intimement liée à l'histoire des hommes, témoin des mutations et des évènements marquants des XXème et XXIème siècles, la photographie convoque aussi d'autres arts visuels (cinéma, peinture, dessin avec qui elle dialogue de façon évidente), invite à la réflexion philosophique et au plaisir esthétique ; elle a ses grands hommes et ses petits contributeurs ; et j'aime avant tout son côté démocratique — certains s'en amusent ; je préfère y voir une invitation à la contemplation, offerte à tous ! Cette pensée me libère dans les moments où je n'ose pas appuyer sur le déclencheur...   

"Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l'enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui pénètre dans un pays étrange." (Bill BRANDT)

"La photographie" (Noir & Blanc), selon August SANDER, "dit la vérité" ;  au nom de ce postulat, le photographe allemand a proposé de magnifiques portraits des habitants de son pays ; et de ses portraits posés devant l'objectif (s'agissant de photographie, je suggèrerais de changer le mot qui désigne l'objet fait de lentilles par "subjectif" !) émanent une forme de vérité sur les personnalités : on devine dans leur regard et dans leur attitude qui les hommes sont. C'est le regard du photographe — et avant tout son intention — qui transmet cette vérité. 

"Un portrait n'est pas une ressemblance. Dès lors qu'une émotion ou qu'un fait est traduit en photo, il cesse d'être un fait pour devenir une opinion. L'inexactitude n'existe pas en photographie. Toutes les photos sont exactes. Aucune d'elles n'est la vérité." (Richard AVEDON)

Une photographie peut évidemment mentir ; dans la pratique de cet art d'image se trouve aussi un arrangement avec la réalité — à des fins esthétiques, politiques, économiques : le nier est à mon sens une malhonnêteté, le déplorer est une naïveté ! Les premières retouches des clichés se faisaient à même les plaques photographiques : lisser le visage d'une dame pour effacer quelques rides jugées peu gracieuses était une pratique ancêtre de la retouche numérique ; les moyens évoluent, les intentions subsistent.
 
Je me souviens de cette exposition consacrée aux controverses suscitées par certains des plus grands clichés (*) : que voit-on dans une image ? Quelle est la part de mise en scène ? Quel but sert-elle ? Ces questions traversent l'histoire de la photographie ; pour certains clichés, comme :
  • celui du soldat tombé sous les balles des armées franquiste pendant la guerre civile d'Espagne et dont Robert CAPA : une mise en scène de la mort ?
  • celui de la petite fille vietnamienne, courant nue sur une route désolée, hurlant parce que brûlée au napalm et photographiée par Nick UT : une esthétisation de la souffrance ?

J'ai eu la chance de pouvoir m'acheter le modèle M de chez Leica ; mon seul bijou, un rêve qui se concrétise : modèle mythique chez les amateurs de photographie ; souvenirs de lecture des aventures de Boro, reporter-photographe (**) : tout cela à la fois ! Equipé d'un 50 mm, il invite à la simplicité — et je retrouve le plaisir de faire des images, avec un appareil "haut de gamme", qui invite au respect des sujets photographiés. J'ai fait avec M mon premier portrait, photographié avec le coeur : j'en ferai, je l'espère, de nombreux autres pour honorer cette première émotion.





Dans une interview, le moine bouddhiste Matthieu RICARD dit que photographier est pour lui un passe-temps qui le repose de la méditation ; pour ma part, je la conçois à l'inverse : dans les bons jours, elle est une forme de méditation, d'attention à l'instant présent : une belle photo est réussie lorsque l'on a pensé à tout, sans y penser !


(*) Daniel GIRARDIN, Christian PIRKER — "Controverse, une histoire juridique et éthique de la photographie" (Actes Sud, 2008)
(**) Dan FRANCK, Jean VAUTRIN — "Les Aventures de Boro, reporter-photographe" (Fayard, 1987-2009)

jeudi 1 octobre 2015

Nantes - Saint-Pierre



Profitant d'une magnifique lumière de fin d'après-midi, je m'incline devant Saint-Pierre...