mercredi 25 janvier 2017

Vic-sur-Cère - Manteau de neige



Aujourd'hui, j'ai lu ce texte, écrit pour mon grand père.

"Mon frère Rémi et moi aimons la photographie ; pourtant aucun de nous je crois n'a pris le temps ou eu l'occasion de faire un portrait de notre grand-père Roger — et pour ma part, je le regrette.

Qu'il nous soit donné aujourd'hui d'en esquisser un en quelques mots et de le partager avec vous.

De notre grand-père me sont revenus des souvenirs de notre enfance, pendant nos vacances, ici, à Vic-sur-Cère :
  • les balades en montagne au cours desquelles parfois, armé du couteau qui ne quittait pas sa poche, il confectionnait avec une branche de noisetier un petit moulin à eau que nous faisions tourner entre deux pierres du cours d'un ruisseau ;
  • la préparation de la traditionnelle truffade — repas sacré par excellence, surtout après une descente de luge dans le pré de Cols ; Papy ne pouvait s'empêcher de prendre une fourchette pour remuer fromage et pommes de terre, ce qui lui valait une vive réprimande de Mamie et déclenchait nos rires !
  • le feu d'artifice du 15 août, lorsqu'il contribuait à illuminer la vallée — c'est ma date de naissance et il aimait à plaisanter en disant qu'il tirait les fusées multicolores pour mon anniversaire...

En grandissant, nous avons pris conscience de l'importance qu'il a eue pour de nombreuses personnes. Donner était dans sa nature ; donner de son temps et de son énergie pour le village et le département où il a toujours vécu — pour ses habitants, vous tous, dans des circonstances banales ou exceptionnelles.

Rémi a eu la chance de faire son service national en tant que sapeur-pompier dans le Cantal — être 'le petit-fils BONHOURE' était comme un privilège... et une responsabilité. Je suis comme tous impressionné par son engagement à 21 ans et les risques qu'il a pris pour contribuer à sauver des vies — et je resterai fier d'être le petit-fils d'un 'Juste', espérant y trouver la force pour agir ici et maintenant dans son esprit. Beaucoup de mes amis — dont certains qu'il n'a pas eu l'occasion de rencontrer — connaissent aussi son histoire et lui portent admiration.

Je veux aussi me souvenir de sa joie ; ces dernières années, lorsque je lui demandais des nouvelles de sa santé, il répondait invariablement : 'c'est pas pire ! tu sais, à mon âge, j'ai un pied sur une savonnette, l'autre dans la tombe !' — et il partait d'un rire joyeux de ce trait d'humour ; et je riais aussi avec toi.

Nous sommes reconnaissants que tu sois parti comme tu le souhaitais, Papy.

Je sais aujourd'hui que si le corps est mortel, l'âme, elle, est immortelle ; que la tienne soit pour tous ceux qui t'ont connu, un souvenir, un exemple, une inspiration."

jeudi 19 janvier 2017

Paix pour un Juste


Mon grand père Roger BONHOURE est décédé ce matin à l'âge de 96 ans ; il nous a quitté comme il le souhaitait : chez lui, sans souffrance et avec toutes ses facultés mentales — il plaisantait souvent ces dernières années lorsque je lui demandais des nouvelles de sa santé : "oh, tu sais, à mon âge, j'ai un pied dans la tombe et l'autre sur une savonnette" s'amusait-il à me dire (et j'entendais alors une certaine jeunesse dans son rire) ; je n'ai jamais pris le temps de faire un portrait de lui, ce que je regrette aujourd'hui.

Celui-ci date du début des années quarante ; âgé de 21 ans, jeune secrétaire de mairie à Vic-sur-Cère dans le Cantal, pendant l'occupation allemande, il a procuré des faux papiers à des résistants, réfractaires au Service du Travail Obligatoire (à commencer par lui !) et a surtout été un maillon d'un réseau qui cachait dans le village des enfants juifs, extraits des camps du sud de la France — comme celui de Rivesaltes. Le centre d'accueil des enfants juifs était situé au Touring Hôtel, alors désaffecté, (rue Fayet, une plaque commémorative marque l'endroit aujourd'hui) et dirigé par Henriette MALKIN, à qui il a apporté de l'aide et du soutien dans sa tâche.

Il m'avait raconté quelques-unes de ses astuces de faussaire pour ne pas compromettre les détenteurs des papiers de sa confection (utiliser un jeu de tampons plus ou moins usés selon la prétendue date de délivrance de la fausse pièce d'identité ; utiliser des adresses peu précises, pour éviter qu'elles ne correspondent à une réelle, que quelqu'un aurait connue, etc.).

Si quelqu'un avait besoin d'aide, il la lui offrait, sans penser aux risques réels qu'il prenait (le maire de Vic-sur-Cère, nommé par Vichy en 1941, était collaborateur et le chef de la Milice régionale résidait dans la localité), protégé aussi par le silence bienveillant de ceux qui savaient.

Le 1 août 2001, l'institut Yad VASCHEM de Jérusalem, sur la foi des témoignages d'au moins trois des personnes qu'il avait aidées — outre Madame Henriette MALKIN, Mesdames Jeanne HOROWITZ et Hélène TURNER — lui a décerné le titre de "Juste parmi les Nations" (*).

Il a reçu ce titre simplement — avec même ce que je percevais comme un fond d'embarras : peut-être ne s'estimait-il pas complètement digne d'être l'objet d'une telle attention ; il disait avoir agi selon le précepte de sa grand-mère : "c'est péché que de vendre le donner" — donner, en particulier de son temps, était dans sa nature ; il l'a fait pour de nombreux habitants du village et du département où il est né et a passé sa vie.

Capitaine du corps des pompiers de Vic-sur-Cère, il a contribué entre autre à faire installer le Centre de Secours sur cette commune (une lettre passée de la main à la main à Jacques CHIRAC, alors Président du Conseil Général de Corrèze, à l'occasion d'un banquet a sans doute été décisive dans la concrétisation de ce projet) ; un brin avant-gardiste, il a également été à l'origine de l'intégration des premières femmes aux fonctions de secouristes puis de sapeur-pompiers ; excellent pédagogue, il a formé de nombreux volontaires — on disait dans le département que "la matière grise des pompiers (était) à Vic-sur-Cère".
  
Aujourd'hui, je suis fier de lui et triste de sa disparition.


(*) Les Justes d’Auvergne - Julien BOUCHET - Collection Études sur le Massif Central - Presses Universitaires Blaise-Pascal, 2015.

dimanche 1 janvier 2017

Tours - Bords de Loire


Happy New 2017!

"To live content with small means; to seek elegance rather than luxury, and refinement rather than fashion; to be worthy, not respectable, and wealthy, not rich; to listen to stars and birds, babes and sages, with open heart; to study hard; to think quietly, act frankly, talk gently, await occasions, hurry never; in a word, to let the spiritual, unbidden and unconscious, grow up through the common..." (William-Henry CHANNING)