lundi 31 juillet 2017

Hubert



« Et si nous construisions un navire médiéval ? » L’idée lancée comme un jeu par Hubert PASQUIER alors qu’il était Président de l’association Les Bateliers du Cher est devenue… réalité : Dame Perrinelle, un scute de 15 m construit en trois ans, et aujourd’hui toujours amarrée sur les bords du Cher à Savonnière. L’anecdote est à l’image de l’homme : passionné par le patrimoine de sa ville et engagé pour le faire vivre !

Si la Loire est aujourd’hui un terrain de jeu, d’observation, de détente et de découvertes – à pied, en canoë ou à vélo – le plus grand fleuve de France, et ses affluents, comme le Cher, sont aussi porteurs d’une longue histoire de navigation, entamée depuis l’antiquité.

Avec sa position de charnière entre la Méditerranée et l’Océan Atlantique, la Loire offrait un mode de transport rapide et sûr, à des fins de grands et petits commerces (importation depuis le port de Nantes de marchandises exotiques comme le café, le sucre, les épices et le sel ; distribution entre les villes ligériennes de marchandises diverses : vin du Cher, porcelaine de Vierzon) ou de convoyage. Les siècles de navigation sur la Loire ont vu glisser sur le fleuve de multiples embarcations – la plus connue des Tourangeaux étant peut-être la "Gabarre", chaland à la forme caractéristique – développées selon les techniques propres à chaque époque et les besoins de navigation.


C’est cette tradition et cette histoire que l’association Les Bâteliers du Cher cherche à faire connaître et revivre. Ancien péage sur le Cher et chantier d’embarcation fluvial reconnu dans la région, Savonnières, située à quelque cinq kilomètres du bec du Cher (confluence de la Loire et du Cher) accueille cette association, fondée en 1992, qui fait découvrir la batellerie traditionnelle de Loire. 

L’association y anime un chantier de construction et de restauration de bateaux, en respectant les méthodes originelles, dont elle propose des visites ; elle participe à des animations culturelles et pédagogiques autour de la navigation sur le Cher : fêtes de la batellerie, expositions, tournage de films. Elle offre aussi de mai à octobre la possibilité à tous de découvrir le Cher sauvage à bord de bateaux traditionnels.

dimanche 30 juillet 2017

Big Data



Et si le Psy-2.0 était une Intelligence Artificielle ? Science fiction, évidemment ! Et pourtant. Il semble qu'à l'heure de l'information en réseau et du stockage des données, les êtres humains soient plus enclins à confier leurs questions existentielles... à un moteur de recherche qu'à un autre être humain, formé et expérimenté pour les aider !

Nous sommes tous des menteurs : c'est la conclusion à laquelle est arrivée le data-scientist américain Seth STEPHENS-DAVIDOWITZ. Il a analysé les données du moteur de recherche Google, qui selon lui constitue une sorte d'incsoncient de la psyché colective. Il propose les principales conclusions de ses recherches dans un article publié ce mois-ci par The Guardian.

Selon lui, les enquêtes de sociologie ou de psychologie réalisées en face-à-face ne sont pas fiables. Elles sont entachées d'un biais de représentation : lorsque nous sommes interrogés en direct, nous avons tendance à mentir naturellement sur des questions qui touchent à notre intimité, donc à notre image et même parfois auprès des professionnels de santé auprès desquels nous cherchons de l'aide... pour ceux qui entreprennent cette démarche. Parce que nous ne nous savons pas jugés par un ordinateur, nous lui confierions alors, par le biais de nos requêtes sur moteur de recherche, nos secrets ou nos peurs les plus profonds ! 


Homosexualité, racisme et sexisme

Les tabous tombent devant Google, qui reçoit et enregistre les requêtes des internautes : David MAC-CANDLESS montre l'évolution du nombre de recherches associées à #Sex, #Porn, #Weather, #Wikipedia, #Love, #Food et autres mots-clefs, entre 2004 et 2009. Sans surprise, #Sexe caracole en tête, rejoint par #Porn... et suivi de #Weather, puis #Wikipedia. #Love n'est que cinquième. Bon, et #God dans tout cela ? Il reste stable, mais derrière #Cars et... #Obama !   

Avec une analyse détaillée, et une interprétation des requêtes dans un contexte plus large (convoquant économie, sociologie et psychologie), Seth STEPHENS-DAVIDOWITZ montre notre part d'ombre, de secret (celle de ces concitoyens, pour commencer...). Il estime par exemple que, aux Etats-Unis, la population d'hommes gay représente 5% de la population masculine totale et que cette fraction, au dessus des statistiques déclarées, suggère que nombre d'hommes vivent en situation de souffrance leur préférence sexuelle. Les mots associés principalement par le moteur de recherche à la requête "Est ce que mon mari..." sont : "...est homosexuel ?", loin devant "..me trompe ?", "...est alcoolique ?" ou "...est dépressif ?". Eloquence de la donnée. Je fais l'expérience avec une recherche sur google.com, version tricolore  ; le résultat donne-t-il une indication sur les peurs cachées des hommes français ?


De même, ses analyses montreraient que les thèmes de recherches réalisées aux Etats-Unis après des attentats, ou pendant la dernière campagne présidentielle, révèlent les penchants racistes (dont anti-musulmans) des américains, à un niveau supérieur à ce qui est déclaré lors d'enquêtes d'opinion... Nous serions donc inconsciemment plus racistes, intolérants, méchants... que ce que nous prétendons être, selon l'analyse de Seth STEPHENS-DAVIDOWITZ, qui passe aussi au crible les inquiétudes des parents quant à l'avenir... Et, sans surprise peut-être pour certains, celles-ci montreraient que les clichés sexistes ont la vie dure. Les inquiétudes parentales sur le devenir des filles sont plus importantes que pour les garçons. Et les questions posées plus stéréotypées !

Les corrélations ont (souvent) raison !

Le BigData procède par induction : il cherche à établir des lois générales à partir de données disponibles en grand volume mais pas nécessairement en grande densité (pour une entité observée, une grande quantité de données). Pour que les modèles qu'il propose aient un caractère prédictif, et soient donc exploitables, il a besoin d'un grand nombre de données, mais pas forcément en grande quantité par unité étudiée. Nous avons l'habitude d'un raisonnement déductif, qui est le chemin qu'emprunte, pas-à-pas, l'esprit scientifique ; guidé par la causalité : un axiome, un principe, un modèle... conduisent à une conclusion, une explication et éventuellement une prédiction — au moyen de la logique, par exemple. L'induction procède à l'envers, souvent au moyen de corrélation entre des séries de données. Deux séries de mesures portant sur des évènement totalement dissociés (par exemple la consommation de fromage... avec le nombre de personnes décédées par strangulation dans leurs draps) peuvent être corrélées sans causalité ; il reste à donner un sens à ces corrélations pour les interpréter dans un contexte plus large — et à rejeter les corrélations surprenantes ou idiotes ! Une corrélation peut permettre d'établir un modèle à capacité prédictive forte... et parfois alors même que les hypothèses sur lesquelles il est bâtit peuvent avoir une légitimité faible voire être totalement erronées. Parfois, un mensonge du BigData dit la vérité ! Cela n'est pas facile à admettre lorsque l'on pense en 0 ou 1.

www.tylervigen.com/spurious-correlations

Cette façon de regarder et exploiter les données rejoint la démarche des économiste et journaliste Steven LEVITT et Stephen DUBNER. Selon eux par exemple, la baisse de la criminalité constatée aux Etats-Unis dans les années 90 n'est pas imputable aux politiques jugées plus ou moins répressives ou permissives, innovatrices ou conservatrices, préventives ou punitives, en matière de sécurité. Elle serait liée au développement de la contraception dans les années 70. Les chiffres parlent de manière froide, et pour formuler les conclusions de ces deux auteurs de façon réductrice : statistiquement, un délinquant américain est un jeune homme noir, issu d'un milieu social défavorisé, souvent enfant de mère célibataire, en grande précarité sociale ; la contraception a permis le recul de grossesses non désirées... et soulagé potentiellement des situations de précarité, et un cycle déterministe de vie vers la criminalité. Une interprétation qui m'a choqué et fait réfléchir ; et qui a aussi le mérite d'exister, puisqu'elle offre un point de vue différent fondée sur une analyse factuelle de données et de corrélations ; un regard d'économiste (dans une optique de compréhension, non de jugement, et avec une vision humanisme, aussi surprenant que cela puisse paraître, puisque son propos est de rechercher des faits pour guider des choix politiques plus éclairés, par exemple).

Nous laissons tous des données derrière nous... et leur étude peut en dire long sur notre vie ! Les magasins, les banques, les sites de vente en ligne collectent les données qui permettent de dessiner le tableau de nos modes de consommation (ou de pensée !). Plusieurs usages peuvent (ou pourraient) en être faits. Offre et demande personnalisés par exemple : des prix de vente adaptés à notre profil. Avec les offres en ligne, le prix de billets d'avion (et bientôt de train, d'autobus) n'existe plus ; les offres qui nous sont faites dépendent autant de la disponibilité réelle des places... que de ce que la plateforme de vente a appris de nous. Et de nos habitudes : si nous hésitons face à une offre, ce qui se traduit par des clics et retour en arrière sur les pages web consultées, celle-ci nous sera proposée ultérieurement par exemple... à un prix supérieur !

S'agissant de nos habitudes d'achat, Charles DUHIGG raconte un exemple sidérant.  La chaîne de magasin américaine WallMart enregistre les données de consommation de ses clients à l'aide des cartes de fidélité : données précieuses pour proposer des offres commerciales ciblées... et parfois connaître des évènements marquants de nos vies. A partir de l'analyse de statistiques de consommation, certains analystes de données ont proposé à WallMart un modèle prédisant l'arrivée d'un évènement heureux pour un couple : une femme enceinte modifiant souvent inconsciemment ses achats de nourriture, par exemple, le modèle détecte ce changement. Une période idéale pour proposer des offres adaptées, au moyen de bons de réduction (couches, jouets, et tout le matériel dont de jeunes parents ne sauraient se passer !). Le père d'une adolescente de dix-sept ans, raconte Charles DUHIGG, s'est ainsi étonné et offusqué lorsque sa fille recevait des offres promotionnelles qui lui semblaient à l'évidence adressées par erreur ; il s'en est plaint auprès du responsable du magasin local... avant d'avoir une conversation avec sa fille et en apprendre plus sur sa vie cachée !    

Un mensonge qui dit la vérité ?

Toute vérité n'est donc peut-être pas bonne à dire... et à entendre ! Nous mentons en moyenne une quinzaine de fois par semaine (deux fois par jour, donc !) : à nos proches, à nos collègues, à nos clients, à notre patron, à des inconnus, à nos chers... C'est ce que nous dit Jean GERVAIS, psychoéducateur et professeur associé au Département de psychoéducation et de psychologie de l'Université du Québec. Pourquoi mentons-nous ? Tout simplement pour pouvoir vivre ensemble ! Nous avons aussi besoin d'entendre des mensonges... parce que regarder la vérité en face est intolérable. De là à penser que toute société organisée serait ainsi fondée sur un mensonge... c'est une extrapolation que je laisse de côté. Et puis accepter cette constatation sociologique pour relativiser : il y a mensonge par omission et mensonge pour manipulation ; l'intention n'est pas la même — l'effet peut l'être, mais c'est autre chose...

Dans la scène introductive du Roman d'un Tricheur, Sacha GUITRY construit son film et la vie de son personnage sur la vertu du mensonge... et de la tricherie. Le jeune garçon est puni pour avoir menti à ses parents. Une peine sans appel : privé de l'excellent repas de champignons dont se délecteront les adultes de la famille... avant d'y laisser leur peau, puisque les espèces de fongus sélectionnées pour confectionner le mets n'étaient pas comestibles ! Il en tire une philosophie de vie qui sera ensuite racontée pour notre plus grand plaisir. Juste pour cela.

La vérité (le singulier que l'on associe parfois à ce substantif me semble une façon de parler bien... singulière !) est le privilège du fou : celui qui ne sait pas que nous sommes tous deux dans nos têtes, à dialoguer, peser pour et contre, évaluer les options, réagir, se contenir, et qui, faute de le vivre ainsi, peut être un danger pour lui ou les autres ! C'est au Fou, ou au bouffon, que nous prêtons symboliquement le rôle et le privilège de parler au Roi : de lui dire des vérités, parfois difficiles, sous couvert de comédie... voire de délire ! Pour qu'il entende les critiques, les dangers, les limites... et prenne des décisions éclairées. Un contre-pouvoir. Un usage symbolique du langage avec une intention et une finalité que je vois positive : lorsque les mots sont une fenêtre, une ouverture.

www.sanctuairedesmuses.centerblog.net

Croire aux promesses des hommes politiques ? Jamais ! Nous exclamons-tous pour des raisons différentes... Nous  attendons d'eux de la probité dans l'action et de l'honnêteté dans la réflexion. Louable attente. A pondérer par le fait que les discours de vérité du coeur ET de la tête sont rares : celui de Simone VEIL à la tribune de l'assemblée pour moi en est un ! Et montre aussi que l'on ne gagne pas une bataille politique en se fondant sur la seule vérité : on négocie, on discute, on palabre aussi... Usage du langage à des fins subtiles : l'intention, et l'éthique, sous-jacente est alors le guide.

Lorsque le roi devient fou, ses sujets réagissent... et agissent ; la bonne nouvelle avec l'élection de Donald TRUMP aux Etats-Unis, c'est qu'elle semble réveiller des consciences : par exemple, selon le journal Le Monde, le roman politique de George ORWELL, 1984 occupe les premières places de ventes aux Etats-Unis... Les données ne mentent pas toujours ! 

www.lemonde.fr

Je ne sais pas mentir : je ne suis pas assez intelligent pour cela

Mentir est accessible à ceux qui savent très facilement gérer leurs émotions. La palette du mensonge est large : nous pouvons y recourir pour nous protéger (chacun l'a déjà fait ; dans un moment de doute, grand ou petit, par exemple)... ou manipuler (tout le monde ne l'a pas fait et ne souhaite surtout pas le faire !). Nous ne sommes pas égaux devant cette faculté ; et comme toutes faculté physique ou psychique, elle s'entraîne... avec plus ou moins d'efficacité. Je suis heureux de ne pas être assez entraîné pour cela — et contrairement au vélo, je n'ai pas envie de m'y mettre demain. De cela je suis sûr... comme de ne pas dévoiler ici le sujet de mes requêtes sur un moteur de recherche !


Pierre DELORT — "Le Big Data" (Presses Universitaires de France, 2015)
David MAC-CANDLESS — "Information is Beautiful " (William Collins, 2009)
Charles DUHIGG — "The Power of Habbits" (Random House Trade Paperbacks, 2014)
Steven LEVITT, Stephen DUBNER — "Freakonomics" (William Morrow & Cie, 2005)
George ORWELL — "1984" (Folio, 1972)
"Le Roman d'un tricheur", un film de Sacha GUITRY, avec Sacha GUITRY, Jacqueline DELUHAC, Marguerite MORENO, Pauline CARTON, 1936 

samedi 29 juillet 2017

La Main de Leïla



Mille et une nuits pour Roméo et Juliette : ce n'est pas du cinéma, c'est du théâtre ! La Main de Leïla, spectacle co-écrit par deux jeunes comédiens, Aïda ASGHAZADEH et Kamel ISKER, nous propose un conte moderne où l'émotion et l'inventivité sont à l'honneur.

1987, dans la banlieue d'Alger, à Sidi Fares. Samir fait vivre depuis son garage le cinéma clandestin Haram Cinéma. A la mort de son père projectionniste, il a hérité d'un trésor : les copies de grands films... non censurés ! Etreintes, baisers, corps-à-corps : des images interdites dans une Algérie puritaine, tenue en laisse par le pouvoir des militaires et du seul parti FLN. Samir les diffuse pour un dinar la séance ; deux conditions pour y assister : l'identité de Samir doit reste secrète... et seuls les hommes y sont admis. Sauf qu'un jour, Leïla, la fille du puissant Colonel BENSAADA, se glisse dans le public et découvre la mythique histoire de Casablanca.

Samir, interprété par un Kamel ISKER débordant d'énergie, et Leïla, portée avec caractère par Aïda ASGHAZADEH, tombent amoureux. Ils se verront clandestinement pendant plus d'un an, sur le balcon de la maison de Leïla. Chaque soir, elle quitte son amoureux en lui demandant de garder pour le lendemain sa demande en mariage... et de revenir !

Nous vivons au rythme de leur passion, dans une Algérie qui bouillonne. Le rationnement des denrées alimentaires et produits de première nécessité imposent un rythme de vie dans lequel tout le monde fait attention à tout. L'absence de perspectives pour la jeunesse pousse à la résignation, à l'évasion ou à la rébellion. Ainsi Kamel qui s'engage en politique et s'oppose à son conservateur de père, le Colonel BENSAADA à qui Aziz KABOUCHE donne vie, comme à d'autres personnages (la mère ou le fantôme du père de Samir, le commerçant ou le gendarme du quartier), dans un registre large : tour-à-tour grave, comique, inquiétant, son charisme apporte une grande stabilité à la pièce.

Les dialogues fusent... et les situations s'enchaînent avec un rythme fluide ; et une mise en scène très inventive pour un usage virevoltant des accessoires et des costumes. Quelques éléments suffisent à planter les décors, qui se transforment et prennent vie sous nos yeux. Intelligence de l'économie de moyen, en phase avec l'histoire et son contexte.

En filigrane, une période clef du pays, qui trouve son apogée lors des violentes manifestations du 5 octobre 1988, qui datent le début d'une transformation politique majeure pour le pays, marqué depuis l'indépendance du pays par le monopole politique du FLN.

Les histoires d'amour finissent mal... en général. Celle-ci est placé sous les auspices du cinéma ET du théâtre : courez-y vite, elle vous donnera de l'énergie !

Alexis & Stéphane



Il est 16h45 à Avignon ; salle #3 du théâtre de La Luna. Le noir vient de se faire parmi les rangées de fauteuils rouges. Nous retenons notre souffle et je sens un frisson se propager parmi nous. Dans un dernier rayon de lumière qui éclaire son visage, Stéphane vient de faire dire à Raoul la dernière réplique de sa pièce Le Choix des Ames : "J'ai décidé de devenir luthier, c'est un beau métier : c'est celui qui fabrique les âmes". Alexis est éclairé de dos : il fait jouer à Franz quelques vibrations sur un violoncelle imaginaire, dont les notes nostalgiques résonnent encore quelques instants avant le noir.

Nous reprenons notre souffle avant d'applaudir les deux comédiens, dont le duo a été cette année sacré meilleurs comédiens du festival off. Pendant plus d'une heure, il nous a fait vivre au rythme d'un puissant et poignant face-à-face entre Raoul et Franz. Deux soldats de la Grande Guerre, que tout oppose : le français simplet est au combat pour venger ses frères, morts plus tôt dans les tranchés ; l'allemand aimant est engagé pour sa patrie ; il endure une situation qu'il n'accepte pas et ment à sa femme dans les lettres qu'il lui adresse : "ici, le moral est excellent !".

"La guerre est un massacre de pauvres personnes qui ne ne connaissent pas, au profit de personnes qui se connaissent mais ne se massacrent pas" (Paul VALERY)

Chacun dans sa tranchée... un décor en V, victoire que chacun des protagonistes attend, qui sépare les deux hommes. Jusqu'à ce qu'une singularité du récit les projette dans un face-à-face : un obus éclate et tous deux se retrouvent au fond du trou que la déflagration a causée. Une régie impeccable joue avec les sons et les lumières. Le décor est transformé en U, union des deux âmes. Raoul est blessé ; il se méfie de Franz... Franz est intelligent, coeur et tête alignés : il ne peut tirer sur cet ennemi. Il se condamnerait doublement : à la perte de son corps et de son âme. Raoul comprend petit à petit la force du pari de l'autre... au-delà de ce que Franz peut imaginer. Et nous reprenons espoir.

Stéphane sait-il que sa pièce illustre le modèle du mathématicien John NASH et de sa théorie des jeux coopératifs ; et du dilemme des prisonniers ? Je ne le lui ai pas dit : il va encore croire que je me la raconte avec des concepts théoriques auxquels je fais semblant de comprendre quelque chose ! Je laisse cela pour une prochaine discussion avec lui... de quoi débattre et rire autour d'un bon repas. En attendant, je profite des instants où le duo salue son public pour essayer de capter l'émotion des deux comédiens.

Le théâtre est aussi un sport de combat. Alexis et Stéphane paraissent presque épuisés, après plus de cinq semaines de représentations devant un public qui est venu en nombre découvrir cette fable humaniste. Un succès mérité ; tout comme la glace que nous partagerons ensemble le soir-même avec eux, un instant où ils profitent de leur soirée en leur souhaitant le meilleur pour les projets qui se concrétiseraient après le festival. En attendant, nous prenons rendez-vous pour l'édition 2018 !

Un Pape à Avignon



Parcourant les rues d'Avignon alors que le festival off n'est pas encore terminé : si de nombreux festivaliers ont déjà quitté la ville, on croise quand même quelques figures étonnantes, comme le lillois Alessandro DI GUISEPPE, connu comme le Pap'40. Il est le chef, pour ne pas dire le gourou, de l'Eglise de la Très Sainte Consommation — ou ETSC, dont l'anagramme sonne comme le nom d'une école de commerce !

Un temps candidat à la dernière élection présidentielle, façon Michel COLUCCI, il prône la bonne parole d'un système d'organisation de la société fondé sur la trinité "Travaille, Obéis, Consomme". L'homme étant un homme pour l'homme, il l'invite à "dépenser plutôt que penser"... et pour cela, lorsque c'est possible, à se lancer dans une compétition économique sans foi ni loi, où les plus faibles n'auront plus de toit, ce qui fera de toutes façons le bonheur de "ceux qui ne sont pas rien". Quant aux moins que rien...

Solidarité c'est du passé ! Pour être bien, écrase ton prochain. Dans son église, le rouge des prélats est celui de Coca-Cola. M est pour lui le symbole d'une gastronomie respectueuse de la terre, des producteurs et des consommateurs ; et n'évoque pas un verbe transitif à l'attention de son prochain. Il est homme d'honneur, à l'image d'un de ses doigts. Capital, sinon rien !

Happening et One-Man Show pour un humour qui avance avec des gros sabots, et suscite aussi un sourire décalé !

D'autres avancent masqués, et avec un humour plus que douteux. Dans la presse nationale aujourd'hui, un autre prosélytisme : celui de Christophe BARBIER qui se produit aussi à Avignon (il y a aussi des comédiens amateurs dans le festival, pas forcément pour le meilleur...). Cynique, depuis sa tour d'ivoire privilégiée, protégée, estampillée #Express/BFM-TV. Déconnecté des réalités du monde du travail, il invite les français à renoncer d'eux-mêmes à la cinquième semaine de congés payés au motif qu'elle est anti-économique et que nous ne travaillons pas assez : ancienne antienne, servant une violence sociale, #En Marche ! Pour passer la colère et la tristesse ressentie en lisant ces propos provocateurs, je m'efforce de rire en me demandant si Christophe BARBIER ne serait pas un Apôtre ; auteur de Saintes Ecritures : celles de l'ETSC et du Pap'40...

Proudhon modèle Courbet

Gustave COURBET — "Proudhon et ses enfants" (1844)


La propriété c'est le vol ! L'auteur, acteur et metteur en scène Jean PETREMENT s'approprie avec la Compagnie Bacchus (www.compagnie-bacchus.org) l'amitié historique entre Gustave COURBET et Pierre-Joseph PROUDHON pour proposer une pièce qui connaît un succès constant depuis 2009. Il le fait, non pas en voleur, mais en passeur et en penseur, qui utilise le théâtre comme lieu de représentation d'idées et leur donne chair et vitalité.

Jean PETREMENT propose un huis clos entre les deux hommes, au moment où le penseur anarchiste vient de sortir de trois années de prison et le peintre réaliste désire préparer une exposition en solitaire. La pièce se déroule dans une pièce-atelier où l'artiste travaille depuis trois mois avec Jenny, son modèle ; dans la campagne du Doubs — non loin de Besançon : les deux amis s'y sont connus collégiens.

Le débat entre les deux hommes est passionnant et passionné, comme dans toute amitié qui lie des personnalités à bien des égards différentes. Il les voit s'opposer sur l'utilité de l'art, sur la liberté, sur la lutte des classes, le statut du créateur, le rôle du penseur.

Entre l'intellectuel, connaisseur, idéaliste... et le corporel, jouisseur, artiste : Jenny est une femme libre. Féministe avant l'heure, elle provoque Pierre-Joseph là où il est le moins à l'aise et montre aussi les limites de sa pensée : peut-être pas assez incarnée pour proposer un modèle de société déclinable, ici et maintenant. Elle revendique la propriété de son corps et de ses désirs et résiste à Gustave... ou lui vole quelques plaisirs. Elle s'impose entre les deux hommes ; comme leur égale.

Le trio se fait quatuor lorsque Georges, le braconnier, apporte des nourritures terrestres pour calmer les esprits. Il incarne la sagesse populaire : celle qui n'a pas forcément conscience d'elle-même et que les intellectuels s'évertuent à défendre malgré elle. Entre la terre et le ciel, il manque parfois un pont de communication... L'eau de vie peut contribuer à fluidifier les relations et éclaircir les esprits. Dans une scène hilarante et digne des Tontons Flingeurs, Gustave tente d'expliquer à Georges le mutualisme, saucisson du terroir en guise de colonne Vendôme !

"Ne regardons jamais une question comme épuisée" : le texte de Jean PETREMENT, à la fois intelligent et accessible, propose de raviver sur scène la pensée proudhonienne ; il y parvient à mon sens, sans forcer le trait. Et donne envie de ne pas abandonner, non une utopie, mais des questions de bon sens dont celle de la solidarité et du bien commun.      

Qui a dit qu'au théâtre on ne pouvait pas essayer de marier plaisir et intelligence ?

vendredi 28 juillet 2017

Burn-out

www.fix-dessinateur.com


"Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin" écrivait, candide, Voltaire au  XVIIIème siècle ; au XXIème siècle, le travail est aussi la cause d'une souffrance que certains vivent et dont on parle aujourd'hui très largement.

"La souffrance n’est qu’un signe. Elle est signe d’une erreur que nous avons commise, elle est signe que nous avons fait quelque chose contre la Vie en nous..." (Jacques LUSSEYRAN)

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés est un film documentaire de Marc-Antoine ROUDIL et Sophie BRUNEAU, dont le titre reprend les premiers mots d'une fable de Jean DE LA FONTAINE, Les animaux malades de la peste. Sorti en 2005, il raconte le quotidien d'un psychologue qui écoute des récits de souffrance au travail. Prémonitoire d'une épidémie qui touche nombre de salariés ou indépendants, parmi lesquels souvent les plus impliqués, pour des raisons diverses, dans leur travail, ce film lançait alors une alerte pour la faire connaître au grand public.

Entre 2007 et 2009, l'entreprise France Télécom, en pleine restructuration, connaît une crise sociale sans précédent avec le décès par suicide de plus d'une cinquantaine de ses salariés, désespérés par une politique de management qui les pousse à bout. Aujourd'hui, certains cadres dirigeants de l'entreprise pourraient être jugés pour avoir sciemment mis en place une politique de management brutale, visant à supprimer plus d'un poste sur cinq, sans licenciement.

(c) Franquin / Dupuis

Le drame connu à France Télécom est devenu un symbole de la souffrance au tavail... et du burn-out, cantonnés jusqu'alors au vocabulaire militant ou soignant. Une irruption sur la place publique qui a permis une prise de conscience, et qui dépasse les situations dramatiques de harcèlement moral. Aujourd'hui, beaucoup de professionnels de santé au travail, ainsi que responsables de ressources humaines le considèrent comme "l'un des maux professionnels du siècle". Lors de la dernière campagne présidentielle, le candidat du Parti Socialiste, Benoît HAMON, a proposé de faire reconnaître le burn-out comme une maladie professionnelle. Une proposition qui fait débat ; et qui a au moins le mérite de faire prendre conscience que les souffrances au travail, comme dans la vie, ne sont pas exclusivement physiques, mais aussi psychiques les deux étant évidemment liés.

Valeur travail ?

Les causes du burn-out sont diverses et il est difficile de les imputer au seul environnement professionnel. Les sociétés occidentales, en particulier la France, ont tendance à accorder une place importante au travail ; sans doute trop. Et les idées reçues ont la vie dure : j'en veux pour preuve les discours simplificateurs, instrumentalisés par des hommes politiques de tout bord, en quête de pouvoir... ou de voix, sur différentes catégories professionnelles.

Ainsi les enseignants qui ne travaillent que 18 heures par semaine et bénéficient grassement 2 mois de congés ; évidemment la réalité est autre... Des privilégiés dont la place est tellement enviable... qu'on observe un déclin pour les vocations vers les professions d'enseignement ! Les fonctionnaires, catégorie fourre-tout qui permet des approximations, trop nombreux et trop coûteux pour être réellement rentables ou utiles... Quand on sait que plus de 85% des effectifs de la fonction publique d'état est constituée d'enseignants, du personnel hospitalier, policiers, gendarmes ou militaires, et des fonctionnaires territoriaux je m'interroge : citoyens, que voulons-nous ? Education, santé, protection, services public : futilités, n'est-ce pas ? Violence des mots que celle des manipulateurs politiques qui exploitent de fausses oppositions d'intérêt entre les membres d'une communauté. Plusieurs voies alors pour construire une vue générale ; la première peut-être, discuter avec ceux qui exercent dans la fonction publique et les écouter parler la démarche serait identique avec n'importe qui : écoutons-nous pour nous comprendre ! La seconde, rechercher quelques informations plus factuelles : éplucher les statistiques officielles, ou à défaut, lire quelques articles de synthèse qui décodent les clichés ; comme ceux du journal Le Monde, qui en novembre dernier tentait d'apporter un éclairage sur des idées reçues : 
Un chef d'entreprise, quelle que soit sa taille, est quelqu'un qui s'oriente avant tout vers l'avenir, fait de son mieux au quotidien pour faire vivre des projets, prendre des risques, répondre à un besoin ou une demande, ; contribue à créer des richesses et les répartir. Etre chef d'entreprise, surtout de petite taille, est un état d'esprit et un combat quotidien ! Prendre des risques, les assumer ; vivre avec l'incertitude du lendemain être responsable de son destin et celui de salariés qui travaillent avec vous. Pour certains gérants de TPE, cela conduit aussi à la rupture.

Et c'est tout le monde qui est concerné.

Un chômeur n'est pas un profiteur du système, à l'affut de droits auxquels il n'a pas à prétendre. Qui a sérieusement envie de perdre son emploi ? En changer, oui ; rebondir après un licenciement, une démission, un démotivation, un accident : oui. Le perdre ? Non. Personne ne souhaite cela : et au-delà de l'angoisse que provoque la perte de revenus matériels, peur du déclassement... et de la pauvreté, ce sont aussi le sens d'une vie, des relations sociales, un sentiment d'appartenance à une communauté, à une société qui s'effondrent.

www.blorg.canalblog.com

J'ai été sidéré par l'accueil reçu par la proposition de Benoit HAMON concernant le Revenu Universel d'Existence ; une vision qui interroge l'avenir, la place du travail qu'il soit marchand ou non dans nos sociétés. Qui prend en compte des évolutions technologiques attendues... certaines déjà existantes. Caricaturé comme une allocation pour les laissés pour compte de la compétition (pour ne pas dire à certains égards, la guerre) économique ; et comme un encouragement à la paresse ! Travail, revenu du travail et rémunération du travail : la confusion est-elle encore possible après tout ce que nous avons vécu et appris collectivement ; hérité des expériences de nos prédécesseurs ? Le RUE est une idée tellement folle que la province de l'Ontario au Canada se propose de la tester dans les mois qui viennent...

  (c) Sebastiao SALGADO / Editions la Martinière

La place du travail dans nos sociétés et dans nos vies n'est pas anodine ; elle convoque de nombreuses valeurs... lesquelles ne se discutent pas. Au-delà des inégalités réelles expérimentées dans une vie professionnelle, nous partageons tous assez il me semble pour nous pencher collectivement sur ces questions... et tenter d'y apporter des réponses pour le plus grand nombre. Par des actions quotidiennes, comme par des réflexions plus générales.

Plus haut, plus vite, plus fort ?

Les causes d'un burn-out sont multiples... et intriquées. Hormis les situations les plus extrêmes, comme celle du harcèlement moral, on peut par exemple pour simplifier le propos, distinguer plusieurs facteurs.
  • Notre personnalité, nos valeurs, notre éducation ou formation modèlent notre rapport au travail, la façon avec laquelle nous le pratiquons, y trouvons des satisfactions (dans un rapport équilibré), à défaut des récompenses... et pouvons en souffrir lorsque nous rencontrons des circonstances défavorables. Les personnes les plus investies dans le travail (chefs d'entreprise, salariés, indépendants... le problème se pose pour tout le monde, simplement en des termes différents) sont ainsi potentiellement les plus vulnérables face au risque de burn-out.
  • La société dans laquelle nous évoluons est aussi porteuse de valeurs présentées comme positives, comme la réussite professionnelle, qui s'accompagne de bénéfices induits (reconnaissance, argent). L'efficacité sur le lieu de travail est aussi évidemment valorisée, alors que la peur du déclassement ou de l'échec professionnel peut faire douter... et accepter une situation contraire à nos valeurs. Nous pouvons aussi intégrer des injonctions dont il est parfois difficile de se détacher, et qui peuvent contribuer à nous enfermer dans une spirale à dynamique faste... ou néfaste dans notre rapport au travail.
  • L'organisation du travail, les modes de management, la personnalité d'un dirigeant ont une influence importante sur notre travail... En particulier dans un contexte de changement ou de ré-organisation. Un management autoritaire, centré sur les objectifs et faisant fi du sens du travail, des besoins minimum de chacun ; une charge de travail importante ou inadaptée, des conditions de travail difficiles (comme avec une absence de suivi, de soutien...) ; autant de facteurs potentiellement aggravants d'une situation difficile.
  • Le développement et l'utilisation des nouvelles technologies dans un contexte professionnel... comme personnel nous rend potentiellement plus connectés. Avec une demande ou une exigence inconsciente : celle d'être réactif, joignable... avec une réponse à tout, toute de suite ! La fatigue psychique engendrée par les écrans, les moyens de communication à distance (téléphone, courriel, visioconférence) tend à déshumaniser la relation dans le travail l'émotion, à laquelle nous pouvons ne pas prêter attention dans certaines organisations, n'a de plus pas beaucoup de place pour s'exprimer lorsqu'elle passe le filtre de ces outils !
  • L'absence de perspectives de développement... ou un environnement social difficile est parfois source de plus grand stress qu'une quantité de travail importante. Le contexte économique de ce début de XXIème siècle est présenté comme difficile en raison d'une concurrence "acharnée" entre les pays. Nous devrions nous résoudre à vivre des faits de développement économique comme la "mondialisation" sur le mode d'une guerre, d'une compétition présentée comme préférable à une guerre réelle. Nous intégrons les discours de rentabilité des entreprises parfois au-delà de la réalité, présentée comme anxiogène. Un équilibre est évidemment nécessaire pour garantir une pérennité d'activité... lorsque cependant les exigences financières prennent le pas sur la logique économique, désespoir et colère montent, à raison ! Et nous pouvons inconsciemment nous adapter aux discours dominants, pour le meilleur ou le pire ! 
Au-delà de ces généralités, utiles pour contextualiser, il reste que chaque situation est spécifique : soignants, enseignants, artisans, cadres intermédiaires, chefs d'entreprises (la liste des métiers et statuts pourrait s'allonger ; est-ce utile ?) ne vivent pas un burn-out pour les mêmes raisons, mais le vivent de la même façon... et partagent les mêmes souffrances. L'inégalité peut provenir ensuite sur les moyens dont disposent chacun pour guérir ; l'occasion aussi d'expérimenter concrètement les mécanismes de solidarité sur lesquels sont bâtis une part de notre société. 

(c) Ian STEWART / Belin

Humains... trop humains !

Le burn-out interroge notre rapport au travail ; ce qui nous fait vivre. Je tiens aujourd'hui pour certaine cette croyance (je ne lui accorde pas en mon fort intérieur le statut de connaissance... mais j'ai l'intuition qu'elle a déjà cette qualité !) que parmi les besoins fondamentaux, se trouve celui de contribuer à une communauté ; et de vivre dignement et décemment de son travail. De le faire avec amour : du geste, de la réflexion, des produits, d'un client. Avec respect : de soi, des autres, des règles du droit social et des considérations environnementales. D'éprouver le contentement devant le travail bien fait ; d'en constater ses résultats — au-delà d'une rémunération, dont évidemment personne ne prétend qu'elle n'est pas importante !

J'ai pris le temps de discuter avec un serveur à Nantes il dit travailler dans la restauration depuis l'âge de 16 ans, par choix. "J'ai grandi dans un restaurant : j'adore cette ambiance et je ne pourrai pas travailler ailleurs...", explique-t-il alors que je lui demande s'il aime son métier. "Bien-sûr : le contact avec les gens... pourtant je trouve que cela s'est dégradé ces dernières années. Les clients sont de plus en plus agressifs... et certains dédaigneux", poursuit-il. Lorsque je lui dis que je trouve qu'il fait bien son métier et qu'il a le sourire, il répond : "Merci, cela me fait plaisir... Ici, je suis bien payé, le café et son patron sont connus pour cela dans le métier. Et cela contribue aussi à ma bonne humeur !".

J'engage un autre jour la conversation avec Robin, qui prend la pause au café ; il lit Lettre à un jeune poète ; c'est ce détail qui me pousse à discuter avec lui ; il est rejoint par son jeune frère Florian. Ils ont 22 et 20 ans, travaillent dans la restauration à Tours, depuis l'âge de 18 ans, leur baccalauréat en poche. Ils ne disent pas autre chose de leur métier : ce qui les motive ? Qualité du service rendu, relation avec le client, équipe sympathique et soudée, "patron social" (attentif à la qualité de vie au travail, à l'ambiance de son équipe, à la rémunération : impliqué dans son business, mais pas businessman forcené).

Les commerçants de la rue que j'habite encore pour quelques semaines aiment leur métier ; évidemment inquiets de la santé des affaires, ils proposent aussi des produits qu'ils choisissent ou fabriquent eux-mêmes, avec un soucis de qualité ; et une attention au client. Dans une boutique, un jean est vendu pour une centaine d'euros : pas à la portée de toutes les bourses, évidemment l'un des fournisseurs de la boutique annonce sur son site internet une politique RSE ambitieuse : j'adhère à la démarche, et je fais confiance aussi à la responsabilité de certains entrepreneurs. Je constate une chose sur des achats réalisés au cours des dernières années : un jean de grande marque américaine vendue en boutique franchisée et déshumanisée a une durée de vie moindre, pour un prix d'achat identique quant au coût de revient... Je préfère ce choix qui aujourd'hui m'est possible.

www.xaviergorce.blog.lemonde.fr

J'ai aussi eu la chance ces dernières semaines de rencontrer différentes personnalités tourangelles et les écouter parler de leur métier et de leur passion... et d'en tirer une stimulation et une énergie neuve. Chacun ne dit pas autre chose que cela : sans le sens que le travail prend (c'est-à-dire pas exclusivement une transaction ou un contrat), pas de vie heureuse possible. Je crois qu'il est possible de faire mieux au bénéfice du plus grand nombre.

Nous sommes 95% et c'est simplement la désespérance ou l'ignorance qui conduit certains à faire des choix politiques iniques... et d'autres à en profiter. S'il est utopique de penser que sur un large socle de la population mondiale, nous pourrions unir dess intérêts et changer globalement les choses, je crois salutaire de ne pas renoncer à mieux vivre ensemble au quotidien, par des actions qui sont à notre portée (choix de relations et de consommations ; regards posé sur le monde et mots pour le décrire)... et laisser de côté les objections de ceux qui nous disent des phrases définitives "Cela ne sert à rien : la catastrophe est déjà là !" : ils ne savent, pas plus que nous, de quoi demain sera fait...

Réussir un bun-out...

Le burn-out est une expérience très déstabilisante pour celui qui la vit : ne plus être... et ne plus pouvoir, ni vouloir. Une perte complète de sens et de repères ; l'impression de s'effondrer sur soi-même. Les mots me semblent incapables de retranscrire cet état.

En novembre dernier, lors d’une réunion annuelle d'experts à laquelle je participais je depuis plus de quinze ans, je me suis tout simplement demandé ce que je faisais ici. En lisant l'habituel jargon technique sur une présentation, je me suis rendu compte que je ne le comprenais pas... et il a même provoqué un immense dégoût, accompagné d'une très forte angoisse. Une sensation de devenir fou, de quitter la réalité... une envie de fuir, qui ne pouvait pas être réalisée. J’ai essayé de me concentrer sur les participants à cette réunion (J.M., C., B., S. et R.), avec qui j’avais d'habitude du plaisir à échanger d’autres avec qui j’avais aussi plus de difficultés aussi… je me suis senti comme étranger.

J’ai alors quitté la salle sans un mot ; sans savoir où j’allais. J’ai eu la présence d’esprit de ne pas aller au parking, prendre ma voiture puis la route pour rentrer chez moi. Sans S. et C. à qui j’ai demandé de l’aide, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Elles ont eu la lucidité de me mettre à l'abri dans mon bureau, d'appeler SOS Médecin... et de ne pas me laisser seul malgré mes demandes répétées. Une ambulance est venue me chercher ; en sortant du bureau, les deux ambulanciers et la RRH qui m'accompagnent suggèrent de passer par un couloir plus discret, afin de croiser le moins de monde possible ; bonne idée... sauf que nous tombons sur une partie de mon équipe, en pause café à un endroit inhabituel ! Pour ajouter un peu plus à l'humiliation... à cet instant, peu importait : je n'avais simplement plus envie de lutter...

Comme Philippe GERBIER, le personnage de résistant incarné par Lino VENTURA dans l'Armée des Ombres. Fait prisonnier une première fois, ses geôliers allemands jouent avec lui et ses compagnons d'infortune à un jeu cruel : une course pour la vie. Tous sur la ligne de départ, un possibilité de fuir en courant devant, alors que dans leur dos, un canon mitrailleur tire au hasard. Ceux qui arrivent au bout seront épargnés.... pour cette fois, en attendant la prochaine. Il décide de jouer le jeu et de courir ; alors que commencent les tirs, une attaque du bunker où tout le monde se trouve le tire de là ; ses camarades de réseau avaient organisé cette opération pour lui. Sain et sauf, il se pose la question : "Et si je n'avais pas couru ?". A la fin du film, le réseau est démantelé ; une seconde fois prisonnier, Philippe décide cette fois-ci de ne pas courir....

J'avais couru ; et vite, trop vite peut-être : un 1500 m à la vitesse d'un 400 m ; impossible à tenir. Je ne voulais plus courir. J'ai voulu bien faire : c'était impossible !

 www.expositions.bnf.fr

On me conduit aux urgences psychiatriques ; j'attends de longues minutes accompagné d'un coloriage d'une oeuvre d'Hiroshige : pour calmer l'anxiété, je m'accroche à cette activité qui sollicite la concentration et l'attention à l'instant présent. Le médecin de service, nullement inquiétée par mon état, alors que je me vis comme malade mental (pour ne pas dire pire...) y jette un oeil et me lance un "joli travail !" avant de m'inviter en consultation. Ecouter ma situation puis me conseiller de prendre du repos... et quelques anxiolytiques. Rassuré sur mon état qui ne mérite pas d'hospitalisation — encore heureux ! Médecin traitant et psychiatre qui m'accompagnent dans mes moments de vie désertique me le déconseillent fortement, à raison. Il reste néanmoins un long tunnel à traverser... dont je ne sais qu'aujourd'hui qu'il a une sortie.

Trop de stress et d'anxiété accumulés dans une situation professionnelle qui ne me satisfaisait plus depuis des mois, malgré de belles réussites et de nombreux projets en cours et doublée de doutes sur d'autres plans. Le mental ne suffit pas pour tenir... Après une soirée où j'essaie de me divertir avec des amis, je rentre chez moi dans un état de grande fébrilité ; au moment de m'endormir, je me vois littéralement en train de mourir ; je me dis : "ça y est, c'est à cela que ressemble la mort : un ultime lâcher-prise ; un soulagement...". Une lumière claire dans la nuit... et je me ressaisis soudain. Appel paniqué au SAMU : le médecin de garde à qui je dis que je me suis vu mourir tente de me rassurer, y arrive partiellement ; un anxiolytique me plonge dans un sommeil forcé ; le lendemain l'anxiété sera toujours là... Les jours, les semaines qui suivront, c'est toujours le même scénario : je prête excessivement attention aux battements de mon coeur... et j'ai l'impression que ma dernière heure est venue. Je me retrouve à plusieurs reprises en consultation d'urgence : SOS Médecin, Hôpital je suis le plus inquiet, les soignants qui m'écoutent ne le sont pas : je tiendrai grâce à quelques molécules chimiques : merci Prazepam !


www.crisispoint.org.uk

Pendant la première période d'arrêt de travail qui suit, de multiples alertes : douleurs dans la poitrine ; chaque soir, l'impression que je vais vivre ma dernière nuit ; impossible de lâcher prise et dormir convenablement... En balade dans la région tourangelle avec mon père, je suis pris d'une nouvelle bouffée de forte angoisse ; le centre hospitalier le plus proche est celui d'Amboise, où je suis reçu au service des urgences. Admission rapide, après avoir expliqué les symptômes ; pas d'inquiétude chez le personnel médical, je suis le premier à paniquer. J'imagine encore ma dernière heure, cela devient pénible ; toujours les mêmes pensées... Pourtant mon coeur est là, bien accroché ; un peu serré peut-être, mais bien là. Je suis vivant, je le sais ; les sensations disparaissent parfois... ou se manifestent de façon trop intense pour être si ce n'est agréables, tout au moins constituer un indicateur tangible que je suis en vie. J'attends mon tour, le plus sagement possible, prêtant attention à ma respiration, comme je l'ai appris en méditation, allongé sur mon lit. Une infirmière me tient compagnie un instants. Puis c'est au tour d'une dame âgée de me rejoindre dans l'attente. 88 ans ; dépressive sérieuse : elle me confie "Vous savez jeune homme, j'attends la mort tous les soirs... et elle ne veut pas venir...". Onde de choc émotionnel dans le corps : je ne veux pas être comme elle. Alors qu'elle s'impatiente, c'est moi qui la rassure : "On va venir s'occuper de vous, Madame ; je vous laisserai ma place ; tout va bien pour moi !" Est-ce bien moi, qui suis capable de cela en cet instant ? Je poursuis la conversation, lui demande si elle a des enfants et des petits enfants ; elle me raconte une partie de sa vie, entamée adulte comme comptable dans une société de courtage parisienne ; son fils est ingénieur dans une grande entreprise d'aéronautique (j'ai envie de lui demander ce qu'il fait, mais je n'ai pas la force...) ; ses nombreux petits enfants qui viennent de temps en temps lui rendre visite à la maison de retraite luxueuse dans laquelle elle est pensionnaire. La conversation me fait un temps oublier mon esprit vagabondant dans des endroits inconnus de moi jusqu'à ce jour. Puis vient mon tour de consultation, avec un médecin très sympathique et empathique.

Il y a une bonne ambiance dans ce service, cela se sent !
Oui, sinon, nous ne ferions pas ce métier dans ces conditions...
Parce que, vous savez, j'ai tellement entendu de choses sur l'épuisement du personnel médical...
Vous êtes du genre à vous faire beaucoup de soucis, vous !

"Excellent diagnostic" songe-je...

Electro-cardiogramme de précaution. "Non, parce que cette douleur sur la poitrine, là, vous savez Docteur : je suis en train de faire un infarctus" ; et ne me dites pas que mon diagnostic n'est pas bon... Je suis Docteur, moi aussi, non mais ; bon, d'accord, en Sciences de l'Ingénieur, je sais, mais Docteur quand même ! Régularité du signal : excellent (j'ai tout de même envie de vérifier : vous n'avez pas une version informatique du signal ? Je t'y collerai bien une transformée de Fourier pour calculer les harmoniques : ça me rassurerait...).

Verdict : Alprazolam (50 mg / un le matin, un le soir / QSP 1 mois).
Rentrez chez vous maintenant, Monsieur : il est tard !    

Il faut simplement alors du temps ; autant que nécessaire pour se relever...

Pablo PICASSO — "Croquis de Tauromachie" (1957)

jeudi 27 juillet 2017

Garçon !



"Je photographie des gens heureux
Sur le papier leurs rayons se voient
Je ne trouve rien de plus précieux
Que cette étincelle ornée de soie"
(Olivia RUIZ)


Une page de la petite histoire du centre-ville nantais se tourne ! Le café "Le Flesselles" change de propriétaire. Loïc, sa femme Elisabeth et son fils ont, avec leur équipe de cuisiniers et serveurs, tenu ce lieu de rencontres et d'échanges pendant plus de trente ans ! Café emblématique de la vie culturelle et intellectuelle de Nantes, il rythmait le quotidien de nombreux habitués.

Les quatre saisons

Le matin, si vous avez oublié de prendre votre petit déjeuner, commandez un thé et ses deux tartines en pain beurré de marmelade aux oranges ; ou un rapide pain au chocolat trempé dans un noir serré servi en une petite tasse blanche, floquée des lettres bleues du lieu !

A midi, optez pour un moment de gourmandise en toute simplicité avec la formule déjeuner : un combo de la spécialité du jour et d'un verre de vin, vous ne serez pas déçus !

A l'heure de l'apéro, retrouvez vos amis : à chaque saison, son ambiance.

En hiver pour un délicieux chocolat laissez alors la poudre brune étoiler délicatement la fine mousse d'albâtre sous laquelle bat un coeur tout-choco. Accompagnez-le d'un gâteau que vous aurez acheté dans le Bouffay... ou dégustez-le en solo, mais à deux c'est bien aussi ! Au printemps, laisser-vous tenter par une bière ambrée en terrasse ; si vous êtes seul, accompagnez-la d'une petite ration de bretzels. Avec les chaleurs de l'été, délaissez l'alcool pour vous rafraîchir d'un verre d'eau pétillante. Alors qu'approche l'automne, un verre de Muscadet pour vous préparera aux frimas !

Le soir, revenez pour assister aux café-philo, café-psycho, à moins que vous y retrouviez une réunion militante ou assistiez à une soirée spéciale de concerts organisés au gré des envies...

Peu importe le flacon...

Attention en vous levant ! Pas de gestes brusques : vous pourriez par un petit choc mettre en mouvement toute l'installation au-dessus de vos têtes... Epée de Damoclès pacifique, elle ne demande qu'à se balancer.. Tinter des sonorités du programme musical du lieu pop, rock, folk ou jazz pour accompagner votre fin d'après-midi. Et celle de ceux qui veulent passer les dernières heures de leur journée de travail hors du bureau, trouvant ici la motivation ou l'inspiration.


Combien de bouteilles ont-elles transité pendant toutes ces années, pour le plaisir de ceux qui venaient trouver, sur les tables de bois couleur acajou et dans les fauteuils tout de bleu revêtus, un instant de repos ou de travail ? Loïc ne saurait peut-être même pas le dire... peu importe, puisqu'il emporte avec lui tous les sourires et de tintements de verre qui ont fait battre avec lui le coeur du 3, allée Flesselles.
 
Neptunus Favet Eunti

Garçon ! Vous allez certainement nous manquer... mais avant, je souhaiterais un dernier café pour la route ; il est temps de partir, sans tristesse excessive, puisque ce n'est qu'un au-revoir. Que votre retraite soit douce et agréable... avec de nouveaux projets. Bon vent à vous : à Nantes, les dieux accompagnent ceux qui voyagent et changent de vie !

mercredi 26 juillet 2017

War

(c) Robert CAPA / Magnum


"Quelle connerie la guerre !" s'exclame Jacques PREVERT. Quelle connerie aussi de croire qu'il est dans la nature humaine de s'y habituer...

Pour ceux qui ont eu la chance de grandir en paix, tenter de comprendre la violence de conflits ne va pas de soit, et c'est tant mieux. Ne pas avoir été confronté directement à une forme de violence quelconque est une autre chance. L'imaginaire collectif ou le contexte familial m'ont cependant ouvert à ces questions, assez jeune, je le crois. Petit-fils d'alsacien, j'ai entendu assez jeune des bribes d'histoire familiale, qui raconte, comme pour beaucoup d'autre, une part de l'Histoire. Un arrière grand-père "Malgré Nous", revenu à pied du front russe après la fin des combats de la Grande Guerre, alors que sa famille pouvait le croire mort au combat... et l'a attendu dans l'angoisse. Un autre arrière-grand-père revenu quasi indemne des combats de tranchés ; une génération tout entière à avoir connu leur horreur. Et si l'un de deux n'avait pas eu cette chance, où serais-je ? Un grand-père et ses frères qui quittent leur Alsace natale en 1940 poussés par des parents suffisamment lucides pour pressentir que l'Histoire peut se répéter ; une décision instinctive, lourde de conséquences... et aussi porteuse d'espoir, car elle a engendré la vie !

Ecoutant les penseurs pessimistes de la nature humaine et masculine, on pourrait croire qu'il est dans l'instinct de l'homme de se tuer à la guerre... et qu'en temps de paix, la guerre économique, ou celle du tous contre chacun, remplace avantageusement la forme brutale et mortifère de la première. J'ai résisté longtemps à cette idée ; sans avoir d'indice qu'elle était incomplète. La pièce manquante du puzzle m'est donnée aujourd'hui par la lecture d'un article du magazine Cerveau & Psycho : "Pourquoi la guerre rend fou".

Une évidence à laquelle je n'avait pas pensée : les guerres et conflits armés du XXème siècle ont appris aux psychologues à poser un nom sur certaine des souffrances endurées par les militaires (comme les civils, évidemment ; à raison, nous les considérons comme des victimes directes... donc, pour dire les choses froidement, hors du champs de l'intention et de l'acte de tuer) qui reviennent des zones de conflit. L'EPST (ou Etat de Stress Post-Traumatique) dont les déclinaisons sont variables : addictions (alcool, drogue) et dépressions, conduisant parfois suicides, en sont les expressions parmi les plus courantes. Ces pathologies, se rencontrent avec une prévalence nettement supérieure à la moyenne de la population parmi les anciens combattants.

Selon Patrick CLERVOY, dans l'écrasante majorité des cas, un homme dans une situation de conflit armé cherchera à fuir la confrontation. Et lorsqu'elle a lieu, beaucoup se retrouvent dans cet état de sidération : une protection psychique pour éviter de perdre la raison... Cet état de stress intense est expérimenté aussi par ceux qui ont connu un accident, une agression, quelle qu'elle soit. Je me souviens de ce témoignage poignant d'un pilote de chasse français qui avait connu l'épreuve du feu lors de la première guerre du Golfe ; l'émotion qui était la sienne devant des caméras de télévision avides de sensationnel (et aussi pour nous qui regardions en prise de conscience), lorsqu'il disait qu'il avait compris ce qu'était la guerre ; qu'elle n'était pas un jeu.


www.allocine.fr

L'état de sidération produit une déconnexion psychique qui peut se muer en trois états possibles lorsque qu'on a à la guerre, franchi La Ligne rouge. La fiction cinématographique s'empare de ces dimensions psychiques, et peuvent nous y sensibiliser. Démineur, Capitaine Conan, Voyage au bout de l'enfer enfer (pour l'addiction à la guerre ?) ; Un Pont trop loin, Il faut sauver le Soldat Ryan (pour l'adaptation ?) ou Apocalypse Now (pour le décrochage des valeurs morales ?) ; tout cela à la fois. J'ai vu et apprécié tous ces films, comme ce qu'offre le cinéma, aussi : nous permettre, ainsi que la lecture, l'expérience d'une compréhension et d'une empathie plus grande que ce que peut parfois la réalité.

Que disent pour moi ces souffrances, avec le recul apporté par le point de vue d'un médecin ? Elles peuvent contribuer à témoigner, au-delà du cortège de mal-être intense qu'elles portent, d'un aspect profondément positif de l'humanité. S'il peut être programmé pour cela, l'homme n'est pas fait pour tuer son prochain : cela n'est pas dans sa nature.


Patrick CLERVOY, "Pourquoi la guerre rend fou", Cerveau&Pyscho, n°90, 2017, http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-pourquoi-la-guerre-rend-fou-38518.php
"La Ligne rouge", un film de Terrence MALIK, avec Sean PENN, Jim CAVIEZEL, 1998
 "Démineur", un film de Kathryn BIGELOW, avec Jeremy RENNER et Anthony MACKIE, 2008
"Capitaine Conan", un film de Bertrand TAVERNIER, avec Philippe TORRETON et Samuel LE BIHAN, 1996
"Un Pont trop loin", un film de Richard ATTENBOROUGH, avec Dirk BOGARDE, Michael CAINE, Sean CONNERY, Edward FOX, Gene HACKMAN et Anthony HPOKINS, 1977
"Il faut sauver le soldat Ryan", un film de Steven SPIELBERG, avec Matt DAMON et Tom HANKS, 1998
"Voyage au bout de l'enfer", un film de Michael CIMINO, avec Robert DE NIRO et Christopher WALKEN, 1979
"Apocalypse Now", un film de Francis COPPOLA, avec Martin SHEEN, Marlon BRANDO, Robert DUVALL, 1979