mardi 1 août 2017

Christophe nous barbe...

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Le journalisme de révérence est une réalité ; certains l'ont compris depuis longtemps et en dénoncent les effets délétères : il existe parfois une collusion entre les pouvoir médiatique et politique, des convergences d'intérêts... et une communication qui s'adapte. A faire désespérer (et parfois douter) de l'honnêteté intellectuelle ce certains journalistes, parmi les plus en vogue. L'éditorial récent proposé par Christophe BARBIER dans l'Express en est pour moi une caricature. A la veille des vacances du mois d'août, il signe l'un des éditos que j'espère simplement des plus bêtes... ou des plus cyniques — ce que je crois que j'ai peut-être lus, comme d'autres, sur le rapport des français au  travail.

De nombreux Français seront en vacances dès ce soir et se reposeront pendant le mois d'août. L'occasion d'aborder la question des congés en cette période de crise économique.

Le mois d'août, le mois où l'on ne fait rien ou presque. Les vacances, rite sacro-saint en France peuvent-elles être menacées ? L'actuel pouvoir avait prévu de ne pas prendre de congés à son arrivée afin de "redresser le pays". Mais on apprend finalement que les députés vont partir une semaine plus tôt que prévu et les ministres vont, eux aussi, s'accorder plus de jours qu'initialement annoncé.
Certes, il faut se reposer pour reconstituer sa fraîcheur et sa force de travail. Mais en même temps, cela renvoie au problème majeur de la France : le rapport au travail. On aime bien ne rien faire. Mais quand on regarde la situation économique actuelle, l'idée d'un gros coup de collier où les gens renonceraient à une partie de leurs vacances est toujours d'actualité. 
Nous nous sommes offerts en 1981, une cinquième semaine de congés payés. Mais il serait temps, aujourd'hui, que les Français renoncent d'eux-mêmes à cette cinquième semaine. Quatre semaines de vacances et on supprime aussi les RTT. Je sais que je ne vais pas me faire beaucoup d'amis, mais je vous souhaite, quand même, de bonnes vacances.

Je lui ai naïvement écrit via facebook ; en ces termes... Parce que des fois, comme beaucoup, j'en ai marre de lire et de subir des inepties — il ne s'agit pas d'anti-intellectualisme comme Raphaël ENTHOVEN aime à s'en victimiser ; il ne s'agit pas non plus d'une défiance vis-à-vis des journalistes (comme toute classe d'équivalence, elle n'a aucun sens !). Sur ce coup-là, et d'autres, je trouve inadmissible le choix des mots que fait Christophe BARBIER ; l'arrogance avec laquelle il les manipule — et maltraite des lecteurs, des citoyens. Il le fait pour moi en connaissance de cause ; avec une stratégie décomplexée ; et violente. Qui n'est pas ce que l'on peut attendre d'un journaliste.

En attendant de proposer un édito alternatif : puisque tout le monde apparemment peut écrire et dire des conneries, pourquoi ne pas s'y mettre. Par exemple inviter les super-managers à renoncer d'eux-même à leurs primes délirantes... qui ne rémunèrent pas un travail réel. Inviter aussi la Ministre du Travail à restituer une prime éthiquement indécente, reçue de son dernier employeur, avant d'accepter un poste ministériel. Afin d'être un peu plus crédible dans la "réforme" qu'elle va contribuer mettre en place évidemment pour le "bien de tous" !

Monsieur Christophe BARBIER, les réseaux sociaux offrent la possibilité d'écrire à ceux qui y sont présents. Je me permets ainsi ces quelques mots à votre attention, doutant qu'ils soient lus. Je suis, comme de nombreux français, sidéré et scandalisé par l'édito que vous nous avez proposé il y a deux jours sur l'Express.

En suggérant que les difficultés économiques de la France résidaient dans le rapport des français avec le travail (par-là même insinuant qu'ils étaient paresseux... ou inadaptés à la mondialisation), vous savez ce que vous faites : une provocation indigne et irrespectueuse envers ceux qui travaillent durement au-jour-le-jour, dans des entreprises de taille variées, dans un secteur public ou privé, en indépendant... et qui espèrent vivre décemment de leur travail, contribuer à la création de richesses, offrir un service de qualité pour les autres, innover, enseigner, soigner, protéger, éduquer, aider, créer, vendre, échanger, construire dans le meilleur des cas... et dans le pire, simplement à assurer avec les revenus de leur travail leur sécurité, celle de leurs enfants, de leurs chers.

Je vous invite à descendre de votre tour d'ivoire nommée Express et BFM-TV où vous nous donnez des leçons sans connaître la réalité du terrain.
    Etes-vous allé visiter un service hospitalier d'urgence où le personnel soignant tient comme il peut ? Connaissez-vous le drame de ceux qui ont perdu un emploi : le choc psychologique que cela provoque les dépressions nerveuses engendrées ?

    Avez-vous écouté les témoignages de tous ceux qui par trop plein de travail ont mis leur santé physique et psychique en danger ? Le burn-out concerne une part croissante de la population active... et touche tout le monde, catégorie sociale, qualification, situation professionnelle ; connaissez-vous le coût humain, économique de l'épuisement professionnel ? 

    Comment pouvez-vous oser tenir de pareils propos ? Est-ce que cela vous amuse ? Vous rendez-vous simplement compte de leur violence ? De la responsabilité que vous avez. Pour moi, lorsque l'on est pourvu d'intelligence comme vous semblez en posséder en grande quantité, on la met au service de l'exigence ; humaine avant tout.
    Vous évoluez dans une sphère qui ne connaît ni la crise, ni la précarité ni même la réelle remise en question dans votre travail. Vous avez la chance de faire un travail qui vous apporte reconnaissance, argent, notoriété (et plus encore)... la sécurité matérielle et le bien-être qu'il procure à votre personne, à votre famille, n'est même plus une question que vous aurez à affronter !

    Vous êtes passionné par votre travail... et l'exercez dans des conditions qui vous sont tellement favorables, que vous n'aurez peut-être jamais besoin de prendre de vacances ; simplement pour vous reposer, le corps, l'esprit. Vous avez cette chance ; d'autres ne l'ont pas. 

    Veuillez réfléchir avant de tenir des propos qui me semblent tout simplement inconsistants et insultants à moins qu'ils ne soient cyniques, ce qui serait encore pire. Peut-être devriez-vous apprendre un peu plus la modération et la compassion... et reprendre vos fondamentaux de journalisme : revenir au terrain, confronter vos analyses (qui passent pour brillantes parce que vous maîtrisez le verbe et les codes médiatiques) à l'expérience du concret ; au témoignage de ce que nous vivons.

    Je vous souhaite de bonnes vacances ; et pour ma santé, comme celle de ceux qui travaillent, j'éviterai à l'avenir de prêter la moindre attention à vos propos tant qu'ils ne seront pas argumentés de l'épreuve des réalités.

    Cordialement.

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