samedi 12 août 2017

Over

Steam and Smoke Rise From Upgrading Facility (Alberta, Canada) - (c) Alex MACLEAN, 2014


L'overview effect est l'état de sidération qui a saisi les astronautes américains lorsqu'ils ont eu la chance de contempler notre planète depuis l'espace. Beauté de la Terre ; fragilité de cette bille bleue perdue dans l'immensité des ténèbres ; berceau de la vie. Un moment de prise de conscience qui s'est accompagné pour certains d'une spiritualité nouvelle, et coïncide avec le développement des mouvements écologistes.

Ecologie signifie littéralement langage du foyer.

Lors de sa mission à bord de la station internationale, le spationaute Thomas PESQUET a régulièrement posté sur les réseaux sociaux des photographies qu'il prenait de différents endroits du monde, dont des villes françaises. Il a ainsi partagé ses émotions avec le plus grand nombre pour contribuer à éclairer les choix de l'humanité quant à la préservation de son environnement : la Terre.

L'ingénieur Jean-Pierre GOUX a développé BlueTurn : une application qui offre à chacun une expérience unique, intime et interactive de la terre totalement éclairée et en rotation, vue depuis de l’espace. Il est convaincu qu'une prise de conscience des enjeux écologiques est possible à grande échelle. Et qu'elle permettra de prévenir les possibles effets catastrophiques des changements climatiques en cours.  


Le photographe Alex MACLEAN sillonne les états-unis à bord d'un petit hélicoptère pour prendre des clichés qui montrent l'état d'un pays. Les émissions délirantes de polluants par l'activité industrielle ; les modifications de paysages induit par l'activité humaine ; l'absurdité d'investissements inutiles, d'une surconsommation de ressources et de biens matériels, programmés pour ne pas durer : comme cet impressionnante collection d'avions bombardiers qui rouillent en plein désert ; ou ces immenses décharges où attendent une seconde vie nos ordinateurs, voitures, réfrigérateurs...  Mine d'or qui attend d'être exploitée et qui l'est parfois aujourd'hui par certains que la société a mis en marge.  

Depuis quelques années, nous sommes sensibilisés à l'occurrence de l'overshoot day : le jour du dépassement des ressources planétaires. Nous consommons globalement une fois et demie ce que notre planète est capable de produire. Une vie à crédit qui est avant tout imputable aux pays les plus riches : la Corée du Sud consomme les ressources équivalentes à huit fois ce que le pays est capable de produire, les Etat-Unis deux fois et la France une fois et demie.
 
 (c) Agence France Presse

Ces chiffres fixent une idée : celle que nous ne pouvons collectivement pas continuer à vivre en épuisant les ressources. Ils font cependant abstraction de nombreuses autres réalités : les échanges économiques contribuent aussi à équilibrer la production des richesses et leur répartition en théorie. Dans le contexte d'une exploitation indécente du travail humain, permise par les inégalités de territoires et de législation, le commerce perd son sens premier (pour ne pas dire idéal) : celui de rapprocher les hommes, de favoriser les échanges de biens, de faire se rencontrer des cultures. Nous connaissons aussi les différentes limites : l'intensification des échanges met en jeu des énergies carbonées, dont l'impact sur le changement climatique est conséquent ; l'organisation d'un commerce est souvent asymétrique (par exemple des pays africains produisent des denrées alimentaires destinées à l'exportation... et ne subviennent pas aux besoins essentiels de leur population).

Pour  les plus pessimistes, comme le philosophe Slavoj ZIZEK, le changement des mentalités et des comportements dans les pays les plus riches serait inutile : c'est un système dans son ensemble qu'il convient de changer ; et de penser et créer de véritables solidarités internationales (je le rejoins dans cette vision). Prendre son vélo, manger bio, recycler ses déchets : il refuse aussi les discours écologiques et les impératifs qu'ils peuvent contenir, parce qu'il les voit comme emprunts d'une inutile culpabilisation... et d'une inutilité tout court.

Il s'agit pour moi d'une posture intellectuelle, à certains égards lucide ; et je la trouve déprimante donc inutile pour contribuer à changer les choses, à gagner de la satisfaction quotidienne dans l'action. Parce que je crois que c'est de la somme de comportements individuels conscients, acceptés... et joyeux que proviendra un vrai changement. En tout cas un changement porteur d'espoir, ici et maintenant, préférable à l'avènement d'une prophétie politique : celle-ci ne serait d'ailleurs possible, autant que désirable, qu'avec une prise de conscience assumée et pratiquée. Nous pouvons l'espérer et nous la souhaiter collectivement ; nous pouvons essayer de la vivre concrètement.

Je préfère acheter des aliments produits près de chez moi par des cultivateurs qui vivent décemment de leur activité — et en éprouvent aussi une satisfaction, voire un bonheur : il suffit de les écouter parler de leur métier et du sens qu'il prend pour eux. Je préfère acheter un peu plus cher un T-shirt présenté par ses concepteurs comme simple et sobre (je leur fait confiance pour cela ; aucun sens sinon pour eux à mettre de l'énergie dans un projet qui serait une escroquerie : il y a bien plus efficace !) ; confectionné et livré en France par des ouvriers en reconversion. Parce que cela me fait du bien autant qu'à eux, parce que c'est au moins essayer vivre un commerce plus équitable et plus responsable — simplement en accord avec mes valeurs : essayer, en connaissance des limites, sans les laisser me limiter.

Je préfère utiliser mon vélo pour me déplacer au quotidien ; parce que cela me procure le bien-être d'une liberté de circulation, et le plaisir de la sensation du vent sur mes joues. Je préfère trier mes déchets ; parce que je prends conscience de ce qui est inutile à mon bien être et non pas parce en répondant à une quelconque injonction.

Je préfère essayer de faire durer les appareils que je possède par une utilisation à peu près au juste besoin et en essayant d'en prendre soin. Je préfère faire attention à ma consommation d'eau et d'électricité simplement pour éviter les gaspillages ; et parce que cela est à ma portée.


Cela ne sauvera pas la planète ; cela ne sauvera pas l'humanité. Cela donne simplement du sens à des mes actions quotidiennes. Pour retrouver des marges de manoeuvre, de liberté, d'espoir et d'amour.


http://blueturn.earth
Alex MACLEAN "Over"  (La Découverte, 2008)
Jean VAUTRIN — "Le Roi des ordures" (Rivages, 2010) 
Jean-Pierre GOUX — "Siècle Bleu" (jbZ, 20012)  
Jacques VERNIER — "Les énergies renouvelables" (Presses Universitaires de France, 2014)
"La Forêt d'émeraude", un film de John BOORMAN avec Charley BOORMAN, Powers BROOTH, Ruy POLANA et Meg FOSTER, 1985

Aucun commentaire: